Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Les événements de 1939 sont une page essentielle de l’histoire mondiale. La place de la CGT dans ces événements et singulièrement celle du mouvement syndical des fonctionnaires (qui comporte des aspects originaux auxquels Alain Le Léap faisait une brève allusion dans sa préface à propos de Charles Laurent) sont probablement assez largement méconnus.
Avant de les évoquer plus largement, je crois devoir présenter ce modeste témoignage personnel :
J’appartiens, comme on dit, à un milieu modeste et provincial des années de l’entre-deux-guerres dont les enfants qui avaient l’avantage d’aller au-delà du certificat d’études primaires (avec, comme c’était mon cas une bourse obtenue par concours mais non payée en application des décrets-lois de Laval et rétablie par le Font populaire) n’avaient guère d’autre ressource que de fréquenter « l’Enseignement primaire supérieur » menant au brevet élémentaire ou au Brevet supérieur, et très rarement l’Enseignement secondaire aux effectifs limités qui menait au Baccalauréat en deux parties. Le débouché de ces diplômes était soit l’entrée par la petite porte dans la carrière d’instituteur, soit les concours des Contributions indirectes, des Douanes et des PTT. Il était fréquent de passer les trois et de choisir ensuite. D’où la très grande proximité de ces administrations et de leurs personnels.
En ce qui me concerne, pour une série de raisons personnelles, j’ai délibérément choisi les Indirectes après avoir exercé les fonctions d’instituteur détaché à l’Inspection académique, mais la proximité avec les PTT aura par la suite des dimensions particulières : j’ai épousé en 1952, Henriette Seguet (qui était institutrice et sera une des dirigeantes nationales de l’Union des femmes françaises). Son père Raymond était un « postier » au destin politique et syndical profondément marqué par les événements de la période et son frère était facteur.
Conseiller municipal élu en 1936 au titre du Front populaire à Jurançon (la commune de ma naissance) il avait été déchu de son mandat, arrêté, suspendu puis révoqué, interné dans une série de camps avant d’être déporté en Algérie au camp de Bossuet avec de nombreux autres militants communistes, libéré plusieurs mois après le débarquement des Alliés en 1942 et rapatrié en 1945, après la capitulation de l’Allemagne (1)
Dans les années de la Libération, il était contrôleur principal des PTT, secrétaire du syndicat départemental des PTT des Basses-Pyrénées (Pyrénées Atlantiques) et membre du bureau de l’Union départementale CGT. A la même époque, je militais dans la section de Pau du Syndicat national des Indirectes, et je prenais une part très active à l’action contre la scission qui devait connaître dans ce syndicat bien des traits particuliers.
Mon appartenance professionnelle, mon engagement dans le syndicat des Indirectes et la Fédération des Finances, et mes liens familiaux étaient en harmonie avec les orientations de l’UGFF (dont je serai le secrétaire général dans les années 1970) et ses relations avec les Fédérations des PTT et des services publics et de santé.

(1) Raymond a été arrêté en 1940, muté d’office à Issoire (Puy-de-Dôme) en février 1940, suspendu de ses fonctions quelques jours plus tard à la suite d’une provocation organisée par la police et la gendarmerie. Puis il a été interné « administrativement » dans les camps de St Martin de Ré, du château de Sablou ( Dordogne), de St Paul d’Eygeaux (Haute-Vienne), révoqué en janvier 1941 en application de la « loi » de Vichy du 17 juillet 1940. Il a été ensuite transféré au camp de Djelfa, dans le sud algérien, puis à la Redoute de Bossuet en Oranie., où se trouvaient plusieurs centaines de détenus. Plus de 600 militants communistes ont été ainsi déportés sans jugement.
La IIIe République et le régime de Vichy ont organisé des camps aux appellations diverses (camps d’accueil, d’internement, de séjour, centres de séjour surveillés, camps de prisonniers). Sous Vichy, il y aura des camps de transit (Drancy, Pithiviers…) d’où les détenus devaient être déportés en Allemagne.