Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
- L’Esquisse d’une histoire de la CGT de Jean Bruhat et Marc Piolot publiée en 1966 consacrait un chapitre (p 161-168) à la scission syndicale de septembre 1939 et aux événements qui l’ont précédée depuis 1937. La dernière page de ce chapitre traitait succinctement la vague d’exclusions qui a suivi le pacte germano-soviétique.
-Dans L’Histoire de la Fédération CGT des PTT (1967 rééditée en 2011) de Georges Frischmann, le chapitre premier de la sixième partie (p 465-468) traitait ces événements au ministère et dans le mouvement syndical des PTT.
- Dans Fonctionnaires sujets ou citoyens, le chapitre II de la quatrième partie (p 273-290) était intitulé De la rupture du Front populaire à la guerre (1938-1939). Dans le 1er chapitre de la sixième partie La scission syndicale et la « drôle de guerre » (1939-1940), j’exposais ce qui s’était passé « chez les fonctionnaires » dans cette période.
Extrait de Fonctionnaires sujets ou citoyens vol 1 (p 291-296)
Chapitre premier de la cinquième partie La Deuxième Guerre mondiale et la Libération ( 1939-1944) intitulé La scission syndicale et la « drôle de guerre » (1939-1940)
( p 291-292)
Les puissances occidentales refusent l’organisation d’une véritable sécurité collective et les pourparlers militaires (avec l’Union soviétique) traînent en longueur.
Le 23 août 1939 est signé le pacte de non-agression germano-soviétique. Le 1er septembre, Hitler envahit la Pologne. Le 3 septembre, l’Angleterre puis la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Mais pendant que l’armée allemande écrase la Pologne, les troupes françaises et britanniques restent l’arme au pied.
Les troupes soviétiques franchissent les frontières de Pologne le 17 septembre.
Le lendemain, le bureau confédéral de la CGT déclare : « Il n’y a plus de collaboration possible avec ceux qui n’ont pas voulu ou pas pu condamner une telle attitude, brimant les principes de solidarité humaine qui sont l’honneur de notre mouvement ouvrier. »
Le 25 septembre, la CA de la CGT confirme cette décision du bureau confédéral par 24 voix dont 3 « avec réserve » contre 5 et deux abstentions ( un certain nombre de membres de la CA sont mobilisés)
Dans les fédérations, les unions départementales, les syndicats, le même processus se déroule. Les communistes sont exclus, et lorsqu’ils sont en majorité, la minorité reconstitue de nouveaux syndicats.
Le Peuple, organe de la CGT, publie les prises de position des fédérations. Le numéro du 3 novembre 1939 rend compte d’une réunion du 27 octobre au cours de laquelle les représentants d’une cinquantaine de syndicats de la région parisienne constituent un « comité de liaison et de solidarité en vue d’opérer le « regroupement syndical » et le « redressement de la situation » après l’exclusion des militants unitaires. Le secrétaire général de cet organisme est Perrot, ancien secrétaire général de la Fédération postale. Au bureau, pour ne citer que les fonctionnaires, on trouve Gisèle Bernadou (Instituteurs de Seine et Oise) et Rigaill (Fédération des fonctionnaires).
Le Parti communiste est dissous le 26 septembre 1939. Les syndicats dont les adhérents refusent de désavouer leurs dirigeants membres de ce parti sont également dissous. Un décret autorise les préfets à suspendre les maires et les conseillers municipaux « pour des motifs d’ordre public ou d’intérêt général ».
Les militants communistes sont pourchassés, arrêtés, ou contraints à la clandestinité.
Pendant plusieurs mois, c’est la « drôle de guerre ». Aucune opération contre l’Allemagne. Par contre tout se passe comme si la France était en guerre avec l’Union soviétique. Avant même que la France soit envahie et livrée, les communistes ont déjà subi une féroce répression.
Au lendemain du procès des députés communistes (20 mars-30 avril 1940) le gouvernement décide, par un décret signé de Sérol, ministre socialiste de la Justice, d’appliquer la peine de mort contre les Français suspects de propagande communiste.
Les militants communistes paieront, aux côtés d’autres résistants qui refuseront la servitude, un lourd tribut dans la lutte patriotique contre l’occupation hitlérienne (1).
(1) En mars 1940, le ministère de l’Intérieur publie ce bilan : « Les mandats électifs du communisme n’existent plus. Trois cents conseils municipaux communistes ont été suspendus. En tout deux mille sept cent soixante dix huit élus communistes ont été déchus de leur mandat. Les deux quotidiens L’Humanité qui tirait à 500.000 exemplaires et Ce soir à 250.000 exemplaires ont été supprimés, ainsi que 159 autres feuilles.
620 syndicats ont été dissous, 11.000 perquisitions ont eu lieu. 675 dissolutions de groupements politiques à tendance communiste ont été prononcées. En outre, les militants ont été traqués, 3400 ont été arrêtés au 7 mars. Il y a de nombreux internements dans les camps de concentration, 10.000 sanctions ont été prises contre les fonctionnaires communistes. »
La suite de cet extrait exposant la position de la Fédération des fonctionnaires dans un prochain article.
« Question de tactique non de principe »