Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Voici la suite des extraits de Fonctionnaires sujets ou citoyens exposant la position de la Fédération des fonctionnaires sur la question de l’exclusion des militants communistes en 1939, après la signature du pacte germano-soviétique.
« … Que se passe-t-il chez les fonctionnaires ?
Traditionnellement, La Tribune ne paraît pas pendant la période d’été. Mais en 1939, les événements provoquent une interruption beaucoup plus longue. Après le numéro daté du 12 août, le suivant, publié dans un format réduit, porte la date de novembre, avec la mention « série de guerre ».
En première page un article de Neumeyer, sur « l’action coopérative », un article de Laurent intitulé « La Fédération continue - les bases de notre vie nouvelle ». Rien sur les événements des dernières semaines. Laurent écrit cependant : « Nous avons toujours été, à la Fédération, parmi les adversaires les plus résolus des méthodes communistes. Ce n’est pas à nous que l’on peut reprocher des coquetteries avec les tenants de ce parti.
Une page est consacrée à la publication des communiqués et résolutions des fédérations et syndicats, se bornant à donner des indications relatives à la poursuite de leur activité dans les conditions de la guerre.
Cependant, la Fédération de l’Enseignement précise explicitement qu’elle approuve les mesures prises par la CGT contre les communistes.
Avant la réunification syndicale de 1935, le mouvement syndical des fonctionnaires ne comportait d’organisations de la CGTU que dans l’Enseignement. De plus, on sait l’écho rencontré dans ces milieux par les thèses défaitistes et anticommunistes de Delmas et de ses amis. Mais dans la plupart des syndicats de fonctionnaires, les militants communistes sont peu nombreux, et comme Pruja le faisait observer au congrès de la FGF du printemps 1939, ils sont rares dans les organismes de direction. Enfin beaucoup de responsables sont mobilisés depuis les premiers jours de septembre. Il est évident, dans ces conditions, que les décisions du bureau confédéral et de la CGT ne sauraient avoir, du point de vue des mesures pratiques qui en découlent directement, la même portée dans les syndicats de fonctionnaires (1) que dans le reste du mouvement syndical.
Les propos de Laurent s’éclairent lorsqu’on sait que des militants et des organisations ont reproché à la direction fédérale d’avoir tardé à faire connaître si elle approuve ou non la position adoptée par la CGT.
Dans Le Peuple du 3 novembre 1939, on peut lire un article de Robert Lacoste intitulé « Explications », ayant pour objet « de réfuter quelques inexactitudes et s’il en est besoin, donner un avertissement très clair à certains camarades ». « On s’obstine à prétendre, écrit-il, que mes amis Charles Laurent, Neumeyer et moi-même, nous nous serions refusés à désapprouver le pacte germano-soviétique et la politique extérieure pratiquée par l’URSS depuis la signature de cet instrument diplomatique ».Il réfute ces assertions et rappelle qu’à la CA confédérale « personne ne s’est élevé avec plus de vigueur que nous contre la volte-face de l’URSS. »
Il explique ensuite ainsi la position de trois représentants des fonctionnaires « Il est vrai que nous avons fait des réserves sur l’avenir que nous ménage la décision de la CA confédérale. Question de tactique, non de principe ! Qu’on n’oublie pas que, par scrupule, nous n’avons pas développé ces réserves. Le silence que nous avons observé dans l’intérêt de tous, au seuil d’une nouvelle et délicate expérience, va-t-on nous en faire reproche ? J’écris avec une sincérité entière que mon seul vœu est que nous nous soyons trompés. Nous ne nous sommes tus que pour rester unis… »
Le 5 novembre 1939, la FGF réunit une conférence d’information. Neumeyer y présente un rapport critiquant la décision de la CA de la CGT. Il estime qu’elle est l’œuvre du « clan des défaitistes » dont Léon Jouhaux serait « prisonnier ». Il indique que les fonctionnaires membres de la CA de la CGT n’ont pas été consultés sur la déclaration du bureau confédéral, et qu’ils n’ont pas été convoqués à la réunion de la CA qui a suivi (2).
La date de la CE fédérale est fixée au 26 novembre 1939.
Guilbaud, secrétaire général du Syndicat des douanes actives, donne sa démission de secrétaire adjoint de la FGF. Dans sa lettre du 6 novembre 1939, il « accuse les dirigeants fédéraux d’avoir retardé le plus possible la date à laquelle la CE fédérale serait appelée à fixer l’attitude de la Fédération à l’égard de ceux qui n’ont pas voulu ou qui n’ont pas pu désavouer la politique stalinienne (3). »
La motion adoptée par la commission exécutive indique que la FGF est « une des rares organisations confédérées qui n’aient jamais compté de membres du Parti communiste parmi ses dirigeants et militants responsables». Elle exprime son plein accord avec les décisions adoptées par la CGT (4). Mais la discussion a révélé les divergences existant au sein de la FGF…
Ainsi la chasse aux communistes est menée à la fois par le gouvernement, et par un certain nombre de directions syndicales.
…En cédant aux pressions dont elle était l’objet, la Fédération des fonctionnaires a certes adopté la résolution du 26 novembre 1939, mais son hostilité à la décision confédérale d’exclure les militants communistes ne fait aucun doute. Même si, comme Lacoste l’a écrit, elle s’inspire de préoccupations tactiques et trouve appui dans la situation objective du mouvement syndical des fonctionnaires, cette attitude est, dans le climat de déchaînement anticommuniste de l’époque, un acte positif ».
1- Il s’agit ici, naturellement, des fonctionnaires au sens strict, et non des postiers, qui sont dans une situation différente.
2-D’après le compte rendu de Guilbaud, secrétaire général du syndicat des Douanes actives. L’Action douanière, 10-15 novembre 1939.
3- L’Action douanière, 10-15 novembre 1939.
4- La Tribune des fonctionnaires, Décembre 1939, Le Peuple du 30 novembre 1939 publient le texte de cette motion
Il convient de rappeler que pendant la Seconde guerre mondiale, le 17 avril 1943, les « accords du Perreux » ont annulé la scission syndicale de 1939 et consacré la réunification de la CGT en respectant dans les différentes instances la représentation des deux grandes tendances (ex-confédérés et ex-unitaires) qui existait en 1939. La CGT était représentée au Conseil national de la Résistance.