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Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.

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Les traits origninaux de la scission de 1947-1948

 

 « Les traits originaux » de la scission de 1947-1948 dans le mouvement syndical des fonctionnaires

      A la lecture de la préface d’Alain Le Léap au vol 1 de Fonctionnaires sujets ou citoyens, nos lecteurs auront certainement noté l’importance toute particulière que ce militant  accordait aux divers aspects de la scission syndicale de 1947-1948 qu’il avait directement vécue, et à laquelle il s’était opposé avec une grande énergie.

     A l’occasion de la commémoration du 30e anniversaire du Statut général des fonctionnaires en octobre 1976, il devait apporter un témoignage inédit également reproduit trois ans plus tard dans mon ouvrage qui consacrera     un chapitre (p 356-366) à cette page particulièrement importante de l’histoire du syndicalisme.

     Voici, extraite de ce chapitre, l’analyse que je faisais des  « traits originaux » de cette scission dans le mouvement syndical des fonctionnaires.

    Après une description du  mouvement revendicatif de l’automne 1947, des premiers actes de la scission syndicale, et  du  déroulement de  cette scission, ce texte reprenait le témoignage d’Alain Le Léap (p 364-366)

 

                                              

                                                                                             O

 

   La Fonction publique est, en 1946-1947, un terrain privilégié pour les manœuvres  scissionnistes des dirigeants de la tendance Force ouvrière et du Parti socialiste. La grève de juillet 1946 dans les PTT, le maintien délibéré d’un foyer d’agitation autour des divergences entre les Finances et les PTT à propos du Reclassement, le sabotage des grèves de juillet et décembre 1947, jalonnent l’entreprise de scission. Ces faits suffiraient à eux seuls à réduire à néant les prétextes avancés den décembre 1947.

    Lors de la célébration du 30e anniversaire du statut général des fonctionnaires, le 19 octobre 1946, Alain Le Léap aura l’occasion de déclarer :

« …J’avais accompagné, en fin juillet 1946, je crois ; je dis bien en 1946, une délégation du syndicat des Douanes actives auprès du directeur du cabinet du ministre des Finances pour appuyer les revendications des douaniers.

     Le lendemain, je recevais un coup de téléphone de Jouhaux. Il avait appris ma démarche et me donnait l’ordre  d’arrêter là cette action. Je lui avais répondu que je n’avais d’ordre à recevoir  que de ceux qui m’avaient élu et j’avais raccroché un  peu brutalement. Il me rappelait quelques secondes plus tard en me demandant de passer à son bureau. Là, il m’exposa qu’il tentait une opération sur la Fédération postale en faisant obtenir des avantages particuliers aux postiers, qu’il lui fallait rompre les parités avec les administrations des Finances. Il ajouta que si cela réussissait il continuerait avec les cheminots, puis d’autres fédérations, mais que, s’il échouait, il s’en irait. Il déclara encore que dans la partie qu’il jouait, les revendications de « mes » fonctionnaires ne l’intéressaient pas. Sur le moment j’avais pensé que sa menace de départ signifiait une démission. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que, dès cet instant, il envisageait la scission s’il ne parvenait pas à redevenir majoritaire…

(…) Depuis avril ou mai 1947, certaines fédérations ne payaient plus à l’UGFF les cotisations qu’elles lui devaient. Pour faire face aux échéances, il fallait, chaque fois, pleurer misère pour obtenir juste ce qui était nécessaire. Au moment où les éléments scissionnistes nous ont quitté, ils devaient à l’UGFF plus de 4 millions de francs et la laissaient avec un passif de près de 3 millions.

   Les buts étaient évidents :

-nous empêcher de vivre, après leur départ, faute de moyens financiers ;

-disposer de ressources pour le fonctionnement de l’organisation scissionniste qu’ils se proposaient de créer.

   Et tout cela fut discuté un vendredi au début de décembre, chez Léon Blum, à Jouy-en-Josas… »

     Il est évident que le mouvement syndical des fonctionnaires est considéré par les dirigeants de la tendance FO comme une des bases essentielles du réformisme et comme un de leurs principaux points d’appui. Mais indépendamment du recul enregistré par leurs conceptions, de l’incontestable avancée  du syndicalisme de classe au lendemain de la guerre et de l’occupation, les formes et l’étendue de la scission dans la fonction publique s’expliquent par des raisons spécifiques. Elles sont le reflet de la nature même de la fonction publique, des structures du mouvement syndical et de leur histoire.

    La base  du syndicalisme des fonctionnaires est bien le « syndicat national », forme d’organisation originale, pratiquement propre à la fonction publique au sein des centrales ouvrières. C’est une donnée administrative et syndicale fondamentale.

    Le fonctionnaire adhère au groupement constitué dans son administration (association professionnelle au début du siècle, devenue plus tard syndicat). Le problème numéro un c’est celui de l’unité, de la cohésion de ce groupement. Vient ensuite celui de son insertion dans un ensemble plus vaste aux niveaux de la Fonction publique et du monde du travail

   C’est ce qui explique, pour une large part, que la scission se soit faite par « pans » entiers, certains syndicats allant à FO, d’autres restant à la CGT, d’autres enfin s’organisant dans l’autonomie.

   Ce phénomène général a été influencé par le passé de chaque organisation

   Bien que déjà en recul, les pratiques bureaucratiques, le syndicalisme de sommet, en honneur non seulement à la tête de la Fédération des fonctionnaires  mais aussi  à celle des fédérations internes et de la plupart des syndicats qu’elle regroupait ont permis à des dirigeants en majorité réformistes de faire basculer leurs organisations à FO ou dans l’autonomie.

   Il est significatif à cet égard, que les syndicats exclus de la FGF en 1927 et qui constituaient l’ancienne Fédération autonome des fonctionnaires aient sauvegardé leur unité en condamnant la scission et en refusant d’aller à FO.

   Ainsi peut-on mesurer le rôle positif joué par ces syndicats, par cette fédération  et par les militants qui les ont impulsés de 1928 à 1935. Sur la base, déjà élargie en 1947-1948, qu’ils avaient constituée avant la réunification de 1935, le syndicalisme de combat pourra résister, puis se développer.

 

 

 

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