Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Fin 2009, la publication d’un ouvrage d’Eric Maurin intitulé La peur du déclassement, a fait quelque bruit 1. L’auteur considère que le phénomène dominant de la société française, qu’il qualifie de « société à statut » est la « peur du déclassement » présentée comme « l’angoisse » pour chaque Français, et plus précisément pour chaque salarié-qu’il appartienne au secteur privé ou au secteur public- de perdre ce qui constitue sa situation, c’est-à-dire l’emploi, le salaire, les prérogatives. » « En un mot son statut » précise-t-il dès les premières lignes de l’ouvrage qui insiste sur la notion de « protection » qui en serait la caractéristique essentielle
Le terme « statut » constamment utilisé dans le cours de l’ouvrage, a donc un sens général. Il s’applique avant tout aux travailleurs du secteur privé, dans des analyses qui comportent néanmoins de nombreuses références à la fonction publique et à l’attrait qu’elle exerce auprès des jeunes, sans pour autant échapper à un accroissement spectaculaire du nombre des « fonctionnaires surdiplômés », principalement dans les périodes de crise et de récession. L’auteur s’engage d’ailleurs dans ce qu’il appelle dans le titre même de l’ouvrage, une « sociologie des récessions ».
Dans les analyses relatives à la fonction publique et à la situation des fonctionnaires, le terme « statut », s’il recouvre les mêmes données générales, n’en a pas moins une signification juridique précise désignant les textes législatifs, réglementaires constituant le « statut général des fonctionnaires », le cas échéant la jurisprudence qui l’accompagne, ainsi que le système général des rémunérations et celui des retraites dotés de caractères spécifiques.
Cette précision est sans doute nécessaire, pour éviter toute confusion éventuelle dans l’esprit du lecteur d’un ouvrage qui offre des réflexions d’un grand intérêt sur la situation de la France d’aujourd’hui et ses perspectives proches et lointaines.
L’auteur étudie, dans les crises que la France a traversées, le phénomène de « l’anxiété de ceux dont le statut pourrait être menacé ». La « sociologie des récessions » qu’il propose se situe sur un « triple registre social, psychologique et politique » et s’applique en premier lieu aux périodes 1974 et 1993, au cours desquelles s’est produit un afflux de candidatures aux concours de la fonction publique. Il note que « pour la première fois depuis trente ans, une majorité de Français estime que leurs conditions de vie vont se dégrader dans les années à venir. Il pense qu’il est probable que les jeunes diplômés vont, comme dans les récessions précédentes s’inscrire en masse aux concours de la fonction publique et qu’une nouvelle génération de fonctionnaires surdiplômés va émerger au moment où les déficits publics vont se creuser. Sans doute faut-il intégrer dans ces considérations le fait que si la fonction publique continue à recruter chaque année un nombre appréciable de nouveaux agents, et que si elle reste le principal consommateur de diplômés, le non remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux est devenu un des éléments permanents de la politique budgétaire.
1- Eric Maurin, La peur du déclassement, Une sociologie des récessions, Seuil, 2009.