Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.

Nous avons vu dans de précédents articles que lorsque certaines personnalités évoquent les modalités d’élaboration du statut général des fonctionnaires en 1946, c’est pour tenter d’y trouver des éléments de nature à appuyer leurs propositions.
Il y a pourtant d’autres manières, plus conformes à la réalité historique, d’évoquer cette riche période et c’est bien un des objectifs de ce blog.
Les circonstances de la vie politique des années de la Libération n’ont pas permis la concertation et la coordination qui auraient peut-être pu donner une plus grande cohérence à l’ensemble du dispositif constitué par l’Ordonnance du 9 octobre 1945 qui a créé l’Ecole nationale d’administration et par le Statut général des fonctionnaires du 19 octobre 1946, et plus précisément entre les deux promoteurs des réformes administratives de la période, Michel Debré et Maurice Thorez.
Le premier était un légiste dont les compétences s’étaient exprimées avant la guerre, dans la Résistance et dans le rétablissement de la légalité républicaine à la Libération sous l’impulsion du général de Gaulle qui donnait sa démission dès le 20 janvier 1946. Il deviendra un homme politique de la Ve République exerçant les fonctions de Premier ministre et des responsabilités ministérielles importantes.
Le second était un dirigeant du mouvement ouvrier, secrétaire général du PCF, un parlementaire qui selon tous les témoignages n’était pas un spécialiste des problèmes juridiques, administratifs et techniques auxquels son ministère devait faire face (ce qui somme toute était et reste encore assez courant) mais faisait confiance à ses collaborateurs et intervenait activement sur les aspects politiques fondamentaux de l’œuvre entreprise dans des conditions qui ont amené le général de Gaulle à souligner dans ses Mémoires, ses qualités d’homme d’Etat.
Il est généralement admis par ceux qui ont été amenés à s’intéresser à la situation de l’administration et des fonctionnaires au lendemain de la guerre, que le premier était avant tout préoccupé par la reconstruction de l’Etat au lendemain de l’Occupation et par les réformes s’appliquant au sommet de l’administration, et que le second, qui n’était pas indifférent à cette politique et y a activement participé, était attaché à des réformes s’appliquant à l’ensemble des fonctionnaires.
Les deux démarches reflétaient des visions divergentes, mais les réalisations étaient complémentaires et également indispensables. Cette communauté de vues sur un certain nombre de questions de fond et la complémentarité des réformes de la période recèlent encore aujourd’hui - au-delà des interprétations et des instrumentalisations qu’il importe de mettre au jour - des enseignements intéressants.
Comme sur d’autres sujets abordés sommairement dans ce blog, une étude plus approfondie de l’œuvre de Michel Debré et Maurice Thorez figure dans l’ouvrage à paraître intitulé L’Etat et les fonctionnaires de la plume sergent-major à internet (Une histoire de la politique salariale de l’Etat et de l’organisation des carrières des fonctionnaires).
Maurice Thorez: Le Fonctionnqaire est enfin considéré comme un homme, et non comme un rouage impersonnel de la machine administrative (Le statut général des fonctionnaires. Texte de loi et commentaires 1946).
Michel Debré: Le fonctionnaire est homme de silence. Il sert, il travaille, il se tait. (La mort de l'Etat républicain, 1955).