Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
La démarche qui consiste – pour l’auteur d’ouvrages consacrés à l’histoire de la fonction publique et du mouvement syndical des fonctionnaires (1) - à énoncer une série d’analyses et de réflexions à l’occasion de la parution de l’Histoire de la fédération CGT des PTT se fonde sur des réalités juridiques et historiques qui doivent être rappelées en préambule aux développements qui suivront :
1° Le département ministériel des PTT, doté en 1923 d’un budget annexe et d’un Conseil supérieur, était, selon une jurisprudence constante du Conseil d’Etat, une administration d ’Etat dont les personnels étaient des fonctionnaires.
Cette conception était principalement motivée par le fait que ses conditions d’organisation et de fonctionnement ne pouvaient être considérées comme pleinement assimilables à celles d’une activité industrielle et commerciale et que leur objet s’inscrivait dans la continuité de la vie nationale et de l’ordre public sur l’ensemble du territoire.
2° Si les personnels des PTT étaient des fonctionnaires, leur fédération, n’était pas affiliée à la Fédération générale des fonctionnaires avant la Seconde guerre mondiale et à l’UGFF après 1946, mais lui était associée sur le terrain des problèmes généraux de la fonction publique. Elle était donc à ce titre partie intégrante du mouvement syndical des fonctionnaires et plus largement des services publics (2).
En juin 1978 après le 16econgrès de l’UGFF qui a consacré ma décision - annoncée un an plus tôt - de mettre un terme à mon mandat de secrétaire général de l’UGFF et de réintégrer mon administration, (la Direction générale des impôts) j’ai décidé, dans un accord de caractère personnel et amical avec mon ami Henri Krasucki, de m’engager dans la réalisation d’une Histoire du mouvement syndical des fonctionnaires.
Pendant les deux ans et demi qui ont suivi, j’ai exercé les fonctions de directeur divisionnaire des impôts à Paris puis de receveur divisionnaire à Laon, avant de prendre ma retraite administrative au 1er janvier 1981, sept ans avant ma limite d’âge.
Le projet a été réalisé dans cette période. Le premier tome de mon ouvrage Fonctionnaires sujets ou citoyens ? (des origines à la scission de 1947-1948) a paru dès 1979 aux Editions sociales, et le second (de la scission de 1947-1948 à 1981) a paru en juin 1981 (1).
Lorsque ce projet a été formé et réalisé, l’existence de l’ouvrage de Georges Frischmann, l’Histoire de la fédération des PTT publié en 1967 était une donnée importante. Il pouvait être considéré comme ayant ouvert la voie à ma recherche car il était le résultat, comme le sera mon ouvrage, du travail personnel d’un dirigeant syndical portant sur de longues périodes antérieures à leur propre présence dans le mouvement et se situant donc sans ambiguïté sur le terrain historique.
L’histoire de la fédération CGT 1945-1981 qui vient de paraître, se situe dans la même démarche que l’ouvrage de Frischmann puisqu’il s’agit d’un texte réalisé par des groupes de militants syndicaux sous la direction de Serge Lottier, président de l’institut d’histoire sociale CGT FAPT (PTT). Cependant, alors que mon livre et celui de Frischmann étaient des œuvres personnelles, celui-ci est un ouvrage collectif.
Comme je l’ai souvent souligné, les historiens ne s’étaient pas engagés à cette époque sur ce terrain de recherche et chacun peut constater qu’ils ne l’ont pas fait davantage par la suite. En revanche, la série d’ouvrages de référence que Jeanne Siwek - Pouydesseau directeur de recherche au CNRS a consacrés au syndicalisme des fonctionnaires s’est ouverte dix ans plus tard, en 1989, par un ouvrage intitulé Le syndicalisme des fonctionnaires jusqu’à la guerre froide.
Sans pour autant prétendre que ces travaux auraient un caractère exhaustif ou définitif, et sous réserve de la prise en compte de développements s’appliquant à d’autres grands secteurs de la fonction publique, principalement le monde enseignant qui représente à lui seul la moitié des effectifs de la fonction publique de l’Etat (et dont l’histoire de sa participation au domaine des problèmes généraux est loin d’être réalisée) (3) on dispose maintenant d’un fonds d’études élaborées par des militants s’efforçant de se plier aux contraintes de la recherche pour le syndicalisme des fonctionnaires des origines à 1981.
La principale conclusion à dégager de ces premières réflexions est que si après la publication de l’ouvrage de mes amis de l’Institut CGT d’histoire sociale des PTT, l’histoire proprement dite du syndicalisme des fonctionnaires des origines à 1981 peut encore donner lieu à des travaux et recherches d’une certaine ampleur (par des militants syndicaux et par des historiens ) celle de la période de 1981 à nos jours est un chantier complètement ouvert (2)
(1) Il faut préciser encore une fois que ma réflexion porte sur les questions générales communes traitées par les fédérations générales avec la direction de la fonction publique, les questions catégorielles spécifiques aux personnels des ministères, administrations, établissements publics (qui sont d’ailleurs par définition du ressort de l’Histoire de la fédération des PTT) sont un domaine très étendu qui n’est pas directement ou principalement dans le champ de cette réflexion.
(2) René Bidouze, Fonctionnaires, enseignants, postiers : un centenaire marquant 1909-2009, Cahiers de l’IHS-CGT n° 110, juin 2009 Cahiers de la FNARH, n° 115 avril-mai-juin 2010 Histoire de la fonction publique et du syndicalisme des fonctionnaires-Episodes marquants, Site Calaméo.
(3) La Fédération de l’Education nationale, et aujourd’hui la Fédération syndicale unitaire (FSU) sont à la fois des organisations de personnels de l’Education nationale et même au-delà, et des Fédérations générales de fonctionnaires représentées au Conseil supérieur de la fonction publique de l’Etat. A notre connaissance, leur histoire sur ce terrain général de la fonction publique reste un champ de recherche.
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