Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Dans l’histoire de la fonction publique, comme dans l’histoire en général, il est des légendes qui ont la vie dure, et des faits paraissant anecdotiques qui finissent par revêtir au fil du temps, une certaine signification.
Ainsi, alors qu’on revient sur sa biographie, des circonstances dans lesquelles Maurice Thorez fut amené à s’investir dans l’élaboration d’un statut général des fonctionnaires. Du 10 septembre 1944 au 22 janvier 1947, la France fut dotée de cinq gouvernements provisoires successifs. Dans le premier, présidé par le général de Gaulle du 10 septembre 1944 au 22 novembre 1945, il n’y avait pas de délégation de pouvoir en matière de fonction publique. Maurice Thorez est entré au deuxième gouvernement provisoire constitué le 22 novembre 1945 en qualité de ministre d’Etat chargé de la fonction publique. On a dit à l’époque, et on a répété ensuite à l’envi que le général de Gaulle avait ainsi voulu lui « jouer un bon tour ». Tel était certainement le sentiment de nombre de politiciens qui pensaient - et espéraient- qu’il échouerait. Ils en ont été pour leurs frais, si l’on considère à la fois les méthodes adoptées, les résultats obtenus, et leur exceptionnelle résistance à l’usure du temps. Lors de la formation du gouvernement en novembre 1945, le général de Gaulle avait rejeté la demande des communistes de détenir un des portefeuilles de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères et il n’a peut-être pas mesuré la portée que revêtirait l’attribution du ce nouveau ministère de la fonction publique. Il reste que dans ses « Mémoires », il rendra un hommage appuyé à Maurice Thorez en reconnaissant ses qualités « d’homme d’Etat ».
Cependant, le fait que ce dernier restera dans l’histoire comme le promoteur du statut général des fonctionnaires ne sera jamais « digéré » par ces politiciens et par leurs successeurs immédiats.Georges Bidault, Président du conseil du gouvernement dont Maurice Thorez faisait partie comme vice-président après la démission du général de Gaulle le 20 janvier 1946 et la constitution du gouvernement Félix Gouin, ira jusqu’à dire plus tard que sa désignation était un de ses « remords ». On a aussi glosé longtemps sur un « marchandage » entre Bidault et Thorez dont l’enjeu aurait été le titre VIII du projet de constitution relatif à l’Union française et certains hauts personnages se sont encore employés cinquante ans plus tard, dans un colloque officiel, à accréditer cette thèse du « troc » sans insister sur le fait que Bidault était devenu par la suite un activiste de « l’Algérie française » inculpé de complot contre la sûreté de l’Etat en fuite à l’étranger1.On aura bien des occasions de constater que des hommes politiques et des hauts fonctionnaires se situant dans leur mouvance ont gardé le statut de 1946 et ses développements ultérieurs sur l’estomac. Aujourd’hui les mêmes et leurs successeurs espèrent bien couronner leurs efforts des deux dernières décennies en lui portant l’estocade.
1- René Bidouze, Fonction publique Les points sur les i, VO Editions, 1995.