Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Dans les années 1979-1981 la question de savoir si je pouvais donner une suite au premier tome de Fonctionnaires sujets ou citoyens portant sur la période des origines à la scission de 1947-1948 qui venait d’être publié ne pouvait m’échapper. Je l’abordais en ces termes dans la préface du tome 2 ( dont le texte vient d’être reproduit dans ce blog) après avoir mentionné certaines autres limites de ce travail : « Enfin la période étudiée, surtout la dernière décennie, n’est pas encore du domaine de l’histoire ; en particulier il est certain que les développements de la politique de l’Etat à l’égard de la fonction publique et des fonctionnaires, les positions adoptées par les différentes organisations syndicales, l’évolution de leurs structures, posent une multitude de problèmes qui sont ou peuvent être l’objet de débats, voire de controverses… »
Je ne regrette pas ma décision d’alors- qui relevait non d’une position de principe, mais de l’opportunité de l’étude de ces sujets- car au cours des décennies suivantes, j’ai poursuivi ma recherche en publiant au fil du temps un ensemble d’articles et d’analyses qui ont complété et enrichi le texte initial et constitueraient, si on les rassemblait pour une réédition, une sorte de troisième volume.
A ma connaissance, ces textes n’ont donné lieu à aucune contestation. Il est vrai que certains ont préféré, pour des raisons diverses faire semblant d’ignorer leur existence, bien que l’expression sujets ou citoyens ait connu un sort enviable.
Lorsque j’ai engagé, ces dernières années, la rédaction de l’ouvrage récemment publié en numérique sous le titre L’Etat et les fonctionnaires pour étudier la « politique salariale de l’Etat » (qui s’applique pour une large part aux entreprises du secteur public) et de l’organisation des carrières des fonctionnaires de la fin du XIXe siècle à nos jours, je me suis posé en ces termes la question de la période à étudier :
« S’agissant d’une contribution à l’histoire, on pourrait se demander si la période 1986-2006 doit y être incluse. La réponse est positive pour un ensemble de raisons. Au cours de cette période caractérisée par les alternances et les « cohabitations », des réformes structurelles majeures marquent à la fois – qu’il s’agisse de la politique salariale de l’Etat ou de la politique statutaire et catégorielle – une rupture avec les périodes précédentes, et une continuité de l’action gouvernementale qui l’emporte largement sur les différences. Bien qu’elle ne dispose pas de tout le recul nécessaire, elle est une histoire du temps présent indispensable à la compréhension des débats et décisions en cours et des questions essentielles de l’avenir de la fonction publique en France en ce début de XXIe siècle. »
La conférence que j’ai présentée à l’occasion de l’assemblée générale de l’IHS-CGT le 3 mai dernier sur Les services publics dans l’histoire sociale aurait perdu une part de son utilité concrète si elle n’avait pas traité des services publics dans la France contemporaine (1986-2006), c’est-à-dire d’une période de « cohabitations » et « d’alternances » marquée par les privatisations de 1986 et 1993, et les différents aspects de la concurrence et de la déréglementation dans le contexte européen ou encore la « désindexation des salaires » décidée en 1983 et devenue par la suite une constante de la politique salariale (1).
Quant aux ouvrages de Jeanne Siwek -Pouydesseau, ils traitent de la période contemporaine, et personne, à ma connaissance, n’a trouvé à redire, même si certaines de ses appréciations peuvent donner lieu à contestation ou débat, ce qui est dans l’ordre des choses.
Pour un ensemble de raisons sur lesquelles je me suis abondamment expliqué, les questions de la période en cours (dont on peut fixer aisément les limites) n’interviennent néanmoins qu’incidemment dans mes analyses et commentaires qui ne se confondent donc pas avec ceux des organisations syndicales de fonctionnaires, dont l’attitude sur les questions d’histoire peut souvent donner lieu par ailleurs à interrogation.
Telle est ma position personnelle sur l’opportunité de traiter, dans les travaux auxquels je me suis livré au long des dernières décennies (sur le syndicalisme des fonctionnaires et ensuite sur les problèmes généraux la fonction publique) de périodes dont on peut estimer qu’elles relèvent de « l’histoire du temps présent ».
(1) Cette conférence a été présentée – il n’est peut-être pas inutile de le préciser- pour répondre à une demande insistante de la direction de l’IHS-CGT appuyée par les représentants des diverses composantes du secteur public.