Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Par René BIDOUZE
Combien de journalistes, hommes politiques, et par extension ceux de leurs auditeurs qui adoptent facilement les tics de langage et reprennent les mots entendus à la radio ou à la télévision, savent-ils que cette expression, assez souvent utilisée, a probablement été inventée par la gendarmerie nationale ?
Dans les derniers mois de la guerre et les premières années de la Libération, j’étais un jeune rédacteur à la direction départementale des Contributions indirectes à Pau, chargé des services du contentieux des taxes sur le chiffre d’affaires et des impôts indirects dont je reparlerai dans une autre note.
En ce qui concerne le système des impôts indirects, mon travail consistait à traiter les « questions de principe » soumises à la direction par les agents du département, et à instruire les procès-verbaux constatant les infractions à la législation en vigueur qui portait notamment sur les vins et alcools dont la circulation était soumise à des « titres de mouvement » délivrés par les « receveurs buralistes ».
Les procès-verbaux étaient établis par les agents de l’administration des contributions indirectes, mais aussi par les gendarmes, qui étaient comme eux « assermentés ».
J’ai gardé un souvenir amusé de ces procès-verbaux de gendarmerie. Ils étaient rédigés sur des imprimés à compléter par les données propres à l’affaire traitée. Ils s’ouvraient sur cette formule : « En visite de commune et conformément aux ordres de nos chefs… nous, adjudant chef un tel et gendarme un tel, avons constaté ce qui suit … » Suivait une description souvent pittoresque, émaillée d’expressions convenues, et se terminant après audition des contrevenants, par cette mention rituelle : « Lecture faite, persiste et signe ».
Comme toujours, on en rajoutait parfois dans des commentaires railleurs. Ainsi on racontait que dans un de ces procès-verbaux, des gendarmes intervenant au cours de la journée pour rétablir l’ordre dans un village, avaient verbalisé en précisant que les jeunes « faisaient un tel tapage » qu’ils n’avaient pas hésité « à le qualifier de nocturne », ce qui était manifestement une circonstance aggravante tombant sous les rigueurs de la loi.
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