Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Une place éminente et originale
dans l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires
et dans celle du syndicalisme confédéral
Quand on traite l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires de la première moitié du XXe siècle et d’une partie notable de la seconde moitié, on rencontre un syndicat national qui a joué au sein de la CGT un rôle éminent et original, prolongé sous des formes nouvelles après sa transformation en Syndicat national des agents de la Direction générale des Impôts (SNADGI) en 1968.
En mars 1946, le congrès de la Fédération générale des fonctionnaires créée en 1909, a transformé
cette organisation en une Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF)
Le premier secrétaire général de cette organisation nouvelle était Alain Le Léap, qui appartenait au Syndicat national des contributions directes, et sera
pendant quelques années secrétaire général de la CGT aux côtés de Benoît Frachon. Jacques Pruja, militant du Syndicat des Contributions indirectes (qui sera un des principaux
artisans du statut général des fonctionnaires) était élu secrétaire général adjoint.
Jusqu’en juin 1978, les cinq secrétaires généraux successifs appartiendront au même syndicat, celui des Contributions indirectes (SNADGI après1968) : Marcel Ragon, Léon Rouzaud, André Berteloot, Roger Loubet, René Bidouze.
André Berteloot sera longtemps secrétaire et administrateur de la CGT et son successeur Ernest Deiss sera lui aussi un militant des Indirectes. Roger Loubet et René Bidouze étaient secrétaires généraux de la Fédération des finances avant d’accéder au secrétariat général de l’UGFF. D’autres militants également issus des Contributions indirectes (René Buhl, Jacqueline Lambert) seront au bureau confédéral des représentants de la répartition des « courants de pensée » qui constituera pendant une longue période un des éléments de l’histoire de la CGT.
Ainsi, le Syndicat des « Indirectes » a occupé une place éminente dans le syndicalisme des fonctionnaires et dans le syndicalisme confédéral.
André Narritsens, lui-même fonctionnaire des Impôts, s’est chargé de l’étude de son histoire dans deux ouvrages intitulés Le syndicalisme des Indirectes, le premier traitant de la période 1903-1940 et le second de la période 1940-1968, édités par l’Institut CGT d’Histoire sociale en 1993 et 2005.
Pour permettre à la génération d’aujourd’hui de saisir la portée du rôle particulier de ce syndicat à une époque qui peut apparaître lointaine, il faut prendre en considération deux données qui reflètent de profondes transformations survenues dans la France contemporaine :
- il groupait les personnels d’une administration qui n’existe plus depuis longtemps, celle des Contributions indirectes qui était avec les Contributions directes et l’Enregistrement une des trois « régies financières ». Ces dernières ont fusionné dans la seconde moitié du XXe siècle dans une Direction générale des Impôts elle-même récemment fusionnée avec la Comptabilité publique. Les personnels de l’administration des Douanes se séparaient en « douanes « actives » et « douanes sédentaires ».
- cette organisation administrative et ces structures syndicales correspondaient à un système fiscal profondément différent de celui que nous connaissons aujourd’hui et sur lequel nous reviendrons.