Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Emmanuel Todd, co-auteur, avec Hervé Le Bras de l’ouvrage « Le mystère français », dont je notais l’intérêt dans un court article intitulé « Au crible de l’anthropologie » (cf blog 8 avril 2013) a, depuis la parution de cet ouvrage, donné un certain nombre d’interviews qui contribuent à éclairer la portée de ce travail scientifique.
Entre temps, a éclaté « l’affaire Cahuzac », suivie des débordements sur la « morale », la « transparence », la publicité des « patrimoines » des ministres et autres "enfumages" caractérisés, pour reprendre une expression à la mode.
Quand je disais, dans les dernières lignes de mon article, que les analyses de l’ouvrage s’appliquent sans doute aussi à la fonction publique, à son histoire et à son avenir, je pensais avant tout aux millions de fonctionnaires de toutes catégories qui relèvent des droits et obligations inhérents à leurs fonctions au service de l’intérêt général, mais sont aussi des salariés, actifs et retraités au cœur de la nation.
Les événements récents semblent avoir amené Emmanuel Todd à expliciter plus nettement ce qu’il entend par « nos dirigeants » ou par « les élites de ce pays » : il s’agit essentiellement des membres de la Haute fonction publique, et plus précisément de l’Inspection des Finances et de la Cour des Comptes, et des membres de la Haute Finance, des interpénétrations entre les deux milieux, de leurs responsabilités et de leur rôle dans la grave crise économique et financière actuelle, illustrés par l’édulcoration du projet de loi qui devait séparer les activités de marché des banques de celles de crédit et de dépôt, largement occulté par les débats sur le « mariage pour tous »1 (cf entretien du 19 avril sur BFMTV avec Bourdin).
Je crois devoir souligner à cette occasion, que dans mes travaux sur l’histoire de la fonction publique et du syndicalisme des fonctionnaires ( notamment dans les écrits récents présentés ces jours-ci dans le blog) j’ai pris soin de montrer que la Haute administration a toujours été un « monde à part », un « domaine réservé » sans perdre de vue les grandes qualités morales et civiques de bien des hauts fonctionnaires fidèles aux traditions de notre fonction publique. Encore une fois l’Histoire nous éclaire sur les turpitudes d’aujourd’hui.
1- Voir Gaël Giraud, « Illusion financière », Ed de l’Atelier, et l’interview de l’auteur dans Télérama n° 3299 du 6 au 12 avril 2013, présentée ainsi :
-C’est en sauvant les banques de la faillite que les Etats se sont endettés
-Bercy évite ce débat et ment sur les vraies solutions
-Sortir de la crise exige une révolution verte
Dans cette interview, l’auteur, qui est un jésuite et un économiste, va jusqu’à dire que « la violence sociale lui semble compréhensible » ( sans la légitimer) depuis qu’il a entendu cette phrase de la bouche même d’un député européen : « Tant qu’aucun politique n’aura été liquidé par la foule, on continuera ». Et de préciser : « Ce que je dis là ne constitue pas un encouragement à prendre le fusil mais à prendre conscience du fait qu’une fraction du pouvoir politique – notamment au niveau européen- est déjà dans un rapport de forces extrêmement violent avec la population. »