Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Tel était le titre du premier des articles de ce blog ouvert en mai 2010 pour désigner le siège des organisations syndicales de fonctionnaires et donner un aperçu des événements dont il avait été le théâtre pendant plus de quarante années avant d’être vendu à une mutuelle d’Instituteurs qui le cédera plus tard au Parti socialiste.
Au long des années 2010-2020 la « Maison des fonctionnaires » a été évoquée avec d’autant plus de constance dans ce blog que les dirigeants socialistes et les journalistes de la presse écrite, de la télévision et de la radio ont donné un nouvel exemple de la manière dont la vie politique et l’information sont conçus dans notre pays : l’ignorance, la mauvaise foi et la prétention ont délibérément relégué dans les oubliettes l’histoire syndicale qui a marqué cette maison de 1934 à 1978.
Après la vente de l’immeuble en 2017 je constatais : « …ils se contrefoutent que cet immeuble ait été acquis en 1935 par une souscription de la Fédération générale des fonctionnaires… Comme ils se contrefoutent que la plaque commémorative de 1964 célébrant la reprise de la maison aux traîtres de Vichy par un commando de la Résistance en 1944 ait été retrouvée dans les gravats des travaux de rénovation par des militants syndicaux »
Une question reste posée : qu’ont fait les politologues, historiens et autres spécialistes pour rétablir la vérité sur ce siècle d’Histoire si tant est qu’eux-mêmes en aient une bonne connaissance ? Cette question est également posée pour d’autres données de l’histoire de la fonction publique et du syndicalisme des fonctionnaires.
Pour ma part, plongé comme l’ensemble de la population dans les turbulences et les incertitudes de la crise sanitaire, je poursuis ma démarche en toute indépendance et je précise, pour ceux qui en douteraient (ou feraient semblant) que je suis toujours prêt à la « castagne ». Ci-après, sur ce sujet, deux nouveaux extraits de mon plus récent ouvrage numérique :
"Fonctionnaire - citoyen - Syndicaliste - historien"
Un parcours professionnel, citoyen et militant de plus de trois quarts de siècle
Deux extraits :
I- La « Maison des fonctionnaires » : 10 rue de Solferino (p 49-50)

« Dans l’exercice de mes responsabilités nationales à tous les niveaux du syndicalisme des fonctionnaires (Syndicat national des Indirectes, Fédération des Finances, Union générale des fédérations de fonctionnaires) j’ai siégé pendant vingt ans, de 1958 à 1978, dans les bureaux de la « Maison des fonctionnaires » située au 10 rue de Solferino, dans le 7earrondissement de Paris.
Délégué aux congrès du syndicat des Indirectes des lendemains de la Libération, le siège du syndicat situé dans cet immeuble était mon point de ralliement. Après mon arrivée dans la région parisienne j’y ai assisté aux réunions de la commission exécutive de ma section syndicale.
De 1958 à 1963, je travaillerai dans les locaux du rez - de- chaussée » occupés par le syndicat des Indirectes, de 1963 à 1970 au 1er étage, dans le bureau où Philippe Henriot avait été exécuté en 1944 (les traces de balles étaient restées sous les lambris). De 1970 à 1978 je siégerai dans le bureau central auquel on accédait par le grand escalier où, disait-on, Charles Laurent, secrétaire général de la Fédération des fonctionnaires pendant 35 ans, de 1909 à 1946, avait placé un « huissier à chaîne », comme dans les palais ministériels.
A mon arrivée en 1958, je savais que cette maison avait une histoire qui remontait à la veille de la Première guerre mondiale. En décembre 1913, le congrès de la Fédération des fonctionnaires créée en 1909 avait adopté un texte qui « reconnaissait l’utilité de la création d’une Maison des fonctionnaires », en « approuvait le principe » et renvoyait cette question à « l’étude du conseil fédéral pour la recherche des moyens pratiques propres à sa réalisation » et lui « donnait mandat » de l’assurer le plus vite possible, « de quelque manière que ce soit »
Au lendemain de la guerre de 1914-1918, la Fédération regroupait des associations transformées en syndicats malgré l’interdiction gouvernementale et la jurisprudence draconienne du Conseil d’Etat. Elle adhérait à la CGT en 1920, puis la quittait pour sauvegarder son unité et la rejoignait de nouveau en 1927. A cette époque, elle était installée à l’angle des rues de Lille et de Poitiers.
Forte de ses 300.000 adhérents, d’un hebdomadaire à grand tirage « La tribune des fonctionnaires » dont le premier numéro était sorti en 1913, la Fédération générale des fonctionnaires a fait l’acquisition en 1934, quelques mois avant la réunification de 1935-1936, grâce aux fonds recueillis par souscription auprès des fonctionnaires et agents publics, de l’immeuble situé à l’angle du 10 rue de Solférino et du 94 rue de l’Université, qui appartenait alors à la famille du prince de Broglie.
Le droit syndical des fonctionnaires ne sera reconnu que dans le statut général adopté au lendemain de la Libération, en 1946. Le mouvement syndical des fonctionnaires bénéficiait d’une reconnaissance de facto depuis 1924 après la victoire électorale du « cartel des gauches ». Il ne pouvait donc acquérir la propriété de l’immeuble et il a dû constituer à cet effet une société immobilière.
Ainsi le mouvement syndical des fonctionnaires restait dans le quartier des ministères et des ambassades, à proximité de la Chambre des députés. En 1940, après la dissolution des syndicats, le gouvernement de Vichy s’est emparé de ce siège pour y installer les services de son ministère de l’Information. En juin 1944, un groupe de résistants a exécuté sur place le sinistre Philippe Henriot, porte- parole de la collaboration. Le 18 août, un groupe de FTP (Francs-tireurs partisans) a repris possession de l’immeuble où la Fédération des fonctionnaires s’est immédiatement réinstallée.
Après la scission de 1947-1948 la maison abritait l’Union générale des fédérations de fonctionnaires CGT, la Fédération de l’Education nationale, et plusieurs syndicats nationaux autonomes ou affiliés à FO. Elle était gérée – dans des conditions qui bravaient la division syndicale – par un comité réunissant les représentants des organisations qui y avaient leur siège sous la présidence es-qualités du secrétaire général de l’UGFF.
En face, au 5 de la rue de Solferino, se trouvaient, pendant « la traversée du désert » les bureaux du général de Gaulle » …

II- De la « Maison des fonctionnaires » à la Maison du Parti socialiste (p 91-92)
« Dès mon entrée en fonctions de secrétaire général de l’UGFF, j’avais délégué à Roger Jemond, trésorier de cette organisation - qui s’en est très bien acquitté- les questions relatives à la gestion de la « Maison des fonctionnaires » concernant notamment la situation des deux gardiennes. Celle du 94 rue de l’Université était plutôt en rapport avec la FEN. Celle du 10 rue de Solferino était branchée sur l’UGFF et ses composantes. Elle excellait dans le rôle d’indicatrice de police et colporteuse de ragots et bénéficiait de complaisances dont elle ne manquait pas d’abuser parmi les permanents.
Sous l’impulsion de mon prédécesseur Roger Loubet, les organisations syndicales dont le siège était situé dans des locaux de la « Maison des fonctionnaires » s’étaient interrogées sur l’éventualité d’un projet de rénovation et de transformation en une Maison commune à l’ensemble du mouvement syndical des fonctionnaires. Cette éventualité s’étant heurtée à d’insurmontables difficultés administratives et financières, le comité de gestion que je présidais à mon tour a été saisi en 1978 d’un projet de mise en vente. Dans un premier temps, les responsables de la Fédération de l’Education nationale, du Syndicat national des instituteurs se sont employés, avec le concours de l’avocat Jean Cornec à tenter de prendre la situation en mains. Je me suis opposé à cette prétention à une hégémonie qui n’a d’ailleurs pas tardé à confirmer son inefficacité. La question de la propriété de l’immeuble butait, en effet sur les difficultés juridiques - évoquées dans un chapitre précédent- qui résultaient des conditions d’acquisition de l’immeuble à une époque où le rejet du droit syndical des fonctionnaires avait contraint à la création d’une société immobilière dépourvue d’existence réelle. De toute façon, si la FEN avait le droit d’être représentée par un avocat, les organisations de la CGT regroupées par l’UGFF étaient fondées à être représentées de la même façon. C’est ainsi qu’avec Me Calpouzos, nous sommes intervenus auprès du service compétent de la Direction générale des Impôts pour donner à ce problème juridique l’indispensable solution. Directeur divisionnaire des impôts, je n’étais pas plus mal placé qu’un enseignant pour résoudre cette question vitale. A ma connaissance, personne n’a vu (ou n’a voulu voir) que sans cette décision la propriété de l’immeuble serait revenue à l’Etat. D’autre part, j’ai veillé à ce que toute vaine discussion sur les droits respectifs des organisations CGT, FEN et FO soit évitée : le principe de la répartition du produit de la vente en trois parts égales a été retenu. C’est la Mutuelle de retraite des instituteurs présidée par René Teulade qui s’est portée acquéreur. Elle revendra son siège, quelques années plus tard, au Parti socialiste.
Les organisations qui siégeaient rue de Solférino se sont installées dans de nouveaux locaux. Plus tard, les sièges de l’UGFF et ceux des fédérations et syndicats qu’elle regroupait s’installeront à la bourse du travail de la CGT à Montreuil.
Depuis des décennies, les journaux télévisés ont très souvent montré des personnalités politiques franchissant les grilles de l’immeuble de la rue de Solferino. Aujourd’hui, personne ne peut ignorer que là se trouve le siège du Parti socialiste. L’ensemble des médias y a largement contribué et Jean-Luc Mélenchon a pris sa place dans ce concert en affligeant ses anciens camarades du qualificatif volontairement désobligeant de « solfériniens ».
Candidate à la présidente de la République en 2007, Ségolène Royal avait déjà évoqué l’éventualité de la vente de ce siège, dont elle pensait qu’il avait le tort de se situer dans un des arrondissements les plus huppés de la capitale, et qu’il convenait de s’orienter vers l’acquisition de nouveaux locaux dans un quartier populaire.
Après la débâcle du parti socialiste aux élections présidentielle et législatives de 2017, et les graves difficultés financières qui en résultent, non seulement la question est reprise avec les mêmes arguments mais elle est portée à l’ordre du jour des délibérations du Parti socialiste qui annonce en septembre 2017 la mise en vente de l’immeuble… »