Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Dans un article publié ici-même le 27 septembre, j’évoquais l’enquête menée par la « Garantie mutuelle des fonctionnaires », en précisant que cette démarche traduit une réalité très ancienne dont je témoigne qu’elle a donné lieu au fil du temps à une somme d’incompréhensions, d’erreurs, et même de graves conflits dans le mouvement syndical des fonctionnaires.
Voici, à titre de première suite à cette appréciation, ce que j’écrivais il y a plus de vingt ans dans mon ouvrage « Fonction publique. Les points sur les i » :
« Les militants qui ont exercé des responsabilités au niveau des fédérations générales de fonctionnaires savent bien que la portée des mesures relatives aux « problèmes généraux » n’est pas toujours clairement perçue par la masse des agents publics. Légitimement préoccupés avant tout des questions concernant leur catégorie ou leur corps, et de leur traduction dans leur situation individuelle, ils ne perçoivent pas spontanément les liens qui existent entre la politique d’ensemble du gouvernement et ses effets dans les ministères et administrations.
Le « corporatisme », phénomène aux aspects positifs et négatifs bien connus des militants du mouvement syndical, peut couvrir des espaces plus ou moins vastes : les cheminots, les postiers, les enseignants… Dans la Fonction publique, où existent des centaines de corps correspondant à de nombreux « métiers » groupant des agents appartenant aux différents ministères, administrations, établissements publics… il se situe à ces divers niveaux. L’organe de représentation que le fonctionnaire connaît en premier lieu, et auquel il adhère quand il a décidé de se syndiquer, ce n’est pas la fédération générale, en l’occurrence l’UGFF, c’est le Syndicat national
Si on demande à un fonctionnaire de dire sa profession, il répondra inspecteur des impôts, professeur, agent de travaux, inspecteur de police, agent de lycée, gardien de musée...Rarement il répondra « fonctionnaire ».
A ce stade, on peut constater combien l’enquête de la GMF et mon expérience ancienne coïncident. Mon propos se poursuivait ainsi pour évoquer les conditions dans lesquelles les responsables ministériels, administratifs et syndicaux doivent traiter ces réalités :
« L’indéniable attachement au statut général est avant tout la perception d’un système global de garanties et d’organisation des carrières. Il existe donc une distorsion entre la réalité des réformes statutaires et la conscience que les fonctionnaires en ont. Celle-ci apparaît surtout lorsque les circonstances d’une carrière rencontrent concrètement l’application d’une disposition du statut général ou sa transposition dans un statut particulier.
Pourtant, nous aurons l’occasion de vérifier que le statut général des fonctionnaires s’est adapté aux évolutions de l’Etat et de la société, qu’il a résisté aux attaques de ses adversaire et qu’aujourd’hui, le sentiment de l’impossibilité de le remettre en cause frontalement est largement admise.
Ces réalités auxquelles les Fédérations de fonctionnaires doivent faire face, en raison même de la nature des questions générales relevant de leur compétence syndicale, sont précisément celles qui du côté des pouvoirs publics sont traitées par le ministère de la fonction publique. Celui-ci a d’ailleurs pour interlocuteurs les fédérations générales et non pas les centaines de syndicats nationaux qu’elles regroupent… »