Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Série « Pleins feux sur l’Histoire du syndicalisme des fonctionnaires »
Mon témoignage sur Henri Krasucki présente un certain nombre d’éléments dont je sais par une expérience personnelle récente - sur laquelle je me suis déjà expliqué dans ce blog - qu’on n’a aucune chance de les rencontrer ailleurs que dans mes écrits notamment « L’unité d’un parcours militant de plus de trois quarts de siècle » (publication sur le site Calaméo ) en soulignant encore une fois, sans sous estimer ou ignorer le livre classique, qu’à notre époque, un livre numérique est un livre.
Celui que nous appelions familièrement « Krasu » avait de longue date pris conscience des problèmes généraux de la fonction publique et des enjeux du syndicalisme des fonctionnaires. Il s’était associé à ma décision d’engager des travaux d’histoire. Plus que tout autre dirigeant confédéral de la CGT, il s’intéressera à la parution du premier volume de « Fonctionnaires sujets ou citoyens ». En juillet 1981, il m’a appelé pour me faire connaître l’appréciation qu’il portait sur le second tome qui venait de paraître. Il l’avait lu dans l’avion, au retour d’une session de la Fédération syndicale mondiale. Il constatait que mon intention de travailler sur l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires manifestée en juin 1978 lors de mon départ de l’UGFF, s’était concrétisée par deux volumes en trois ans. Sur ce tome II il faisait en substance les commentaires suivants que j’ai notés sur-le-champ :
« Les questions délicates ont été parfaitement traitées, avec la hauteur de vues nécessaire. Il est impossible de dire le contraire de ce qui est écrit dans ce livre, qui traite l’histoire pour ce qu’elle est. Sur Léon Rouzaud, Le Brun, Berteloot, très bien. Sur la période délicate, le ton qu’il faut.
Ce livre vient au bon moment, au-delà du monde des fonctionnaires. L’intérêt du premier volume était de donner une idée enfin sérieuse basée sur les faits, d’une histoire compliquée.
Le deuxième est écrit en avril 1981. Les points de suspension et la fin sont bien conçus. Le livre ne sera pas daté, les événements se poursuivront ».
Henri Krasucki ajoutait : « Je défie qui que ce soit de « tousser ».Tout ce qu’on pourra écrire maintenant sur ce sujet sera une contrefaçon, une entreprise de mauvaise foi battue d’avance ».
Les fonctions que tu occupes aujourd’hui se situent bien dans toute cette bataille. Au congrès de l’UGFF, je parlerai de ça » (1)
1-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives
La Vie ouvrière n° 1942 du 18 novembre 1981 consacrait deux pages à la présentation de cet ouvrage sous le titre La recherche passionnée d’une solidarité de destin avec la classe ouvrière comprenant une reproduction de la couverture du vol I, un entretien avec Thérèse Hirzberg et un article d’Henri Krasucki intitulé Pour qui s’intéresse à l’évolution de la CGT
Voici le texte de cet article.
Les deux volumes sur l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires de René Bidouze intéressent beaucoup plus que les fonctionnaires.
Tous ceux, toutes celles qui cherchent à connaître, à comprendre la CGT, sa diversité et son évolution au fil du temps ont beaucoup à y apprendre.
Il s’agit d’un travail sérieux, fondé sur les faits sans rien gommer et dégageant, à chaque étape, une réflexion sur le sens profond de ce qui s’est produit.
Thérèse Hirszberg le présente ici à son importance. Je me permets, à l’appui de ce qu’elle en dit, de souligner qu’il n’est pas courant d’avoir un ouvrage qui part des débuts et va jusqu’à nos jours.
De mentionner ensuite l’originalité de la composante « fonctionnaire » du monde du travail et de son cheminement : ce n’est qu’en 1924 qu’ils ont conquis le droit de constituer des syndicats !
Beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, cette expérience apprend à traiter avec doigté, sans simplification « tout blanc-tout noir », de la réalité historique et donc de ce qu’est réellement notre vaste et si diverse CGT, que des esprits superficiels traitent ces temps-ci avec tant de légèreté. Et pour certains, de malveillance.
Par-dessus tout, et en fin de compte, ces deux volumes montrent pour quelles raisons fondamentales commandées par la vie sociale elle-même et par quel cheminement on est passé d’un syndicalisme des fonctionnaires qui fut longtemps le point d’appui massif du réformisme syndical dans la CGT à un syndicalisme moderne où la conception de masse et de classe, qui est celle de toute la CGT, est devenue le bien commun des organisations CGT de fonctionnaires groupées dans leur UGFF.
Or, c’est l’un des faits les plus considérables de la vie syndicale française : la CGT est la première organisation syndicale chez les fonctionnaires aussi. Et le courant syndical de lutte de classe est, par là, devenu le plus influent parmi les fonctionnaires avec les particularités qui sont les leurs.
Cela fait partie des choses qu’il faut connaître pour comprendre ce qu’est vraiment la CGT.
C’est aussi l’œuvre de plusieurs générations de militants qui ont pris part à la lutte durant des décennies et représentent toutes les sensibilités existant dans la CGT.
De Michel Piquemal, Alain Le Léap, Léon Rouzaud, André Berteloot, Roger Loubet, dirigeants d’aujourd’hui, René Bidouze n’en oublie aucun, loyalement.
Je ne froisserai pas sa modestie en me bornant à rappeler que lui-même a été, durant de nombreuses années, un remarquable secrétaire général de l’UGFF pour qu’on se rende compte qu’il a pris, lui aussi, une certaine part à cette évolution et qu’il connaît ce dont il parle…
(Rediffusion)