Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris.
Par René BIDOUZE
Dans les ouvrages consacrés à Jean Moulin, et à la Résistance, on a évoqué une personnalité qui lui était très proche et a joué un rôle important dans l’organisation de la Résistance : Pierre Meunier 1.
Mais qui se souvient ou même tout simplement qui est vraiment informé d’une part de sa vie qui constitue, pour ceux qui s’intéressent à l’Histoire de la Fonction publique, une donnée particulièrement intéressante ? Il fut, en effet le directeur du cabinet de Maurice Thorez, vice-président du conseil chargé de la fonction publique dans les gouvernements des successeurs du général de Gaulle de janvier 1946 à mai 1947 2.
Pierre Meunier est né le 15 août 1908 à Dijon. En 1934, ce jeune fonctionnaire des Finances était membre du parti radical. Secrétaire parlementaire de Pierre Cot, ministre dans le gouvernement d’Edouard Daladier, il est entré dans son équipe aux côtés de Jean Moulin qui était son chef de cabinet. Ils ont vécu les journées d’insurrection du 6 février 1934 et les premières manifestations d’unité antifasciste qui conduiront à la victoire du Front populaire en 1936.
Dans le cabinet de Léon Blum, constitué après la victoire du Front populaire aux élections législatives de 1936, Pierre Cot, ministre de l’Air, a été particulièrement actif dans l’aide aux républicains espagnols, en dépit de la politique officielle de « non-intervention ». Jean Moulin chef de son cabinet civil et Pierre Meunier étaient ses plus proches collaborateurs et le seront encore au ministère du Commerce.
Lorsque la Seconde guerre mondiale a éclaté, cette équipe de Pierre Cot est restée soudée. Pierre Meunier travaillera avec son ami Jean Moulin devenu le représentant du général de Gaulle en France. Il succédera au colonel Manhès déporté à Buchenwald et occupera les fonctions de secrétaire général du Conseil national de la Résistance dont Jean Moulin était le président. C’est lui qui à ce titre a organisé la première réunion de cet organisme à Paris en mai 1943.
Aux lendemains de la Libération, Pierre Meunier siégeait à côté de Maurice Thorez à l’Assemblée nationale consultative. C’est là qu’ils ont fait connaissance. Siégeait également le dirigeant « historique » de la Fédération générale des fonctionnaires Charles Laurent (qui avait été membre du Conseil national de la Résistance où il représentait le mouvement « Libération-Nord »). Quant à Pierre Cot, il était très critique à l’égard des projets de réformes administratives présentés par Michel Debré : il estimait au cours des débats parlementaires qu’ils revenaient à mettre « du vin nouveau dans de vieilles outres ».
Elu député progressiste de la Côte d’Or de 1946 à 1958, président du conseil général de ce département, maire D’Arnay-le-Duc, Pierre Meunier est décédé en 1996.
1 -Pierre Meunier, Jean Moulin mon ami, avec la collaboration de Maurice Voutey, Préface de Maurice Kriegel-Valrimont, Editions de L’Armançon.
- Jacques Baynac, Présumé Jean Moulin, juin 1940-juin 1943, Grasset, 2006
- Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, 2009.
- Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance, 1940-1945, Perrin, 2013
- Pierre Péan, Vies et morts de Jean Moulin, Collection Pluriel, Fayard, 2013
2 - Pierre Meunier, Les Cahiers de l’Institut Maurice Thorez n° 2 juillet-septembre 1966, Maurice Thorez, homme d’Etat
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