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      Lors des pourparlers entre le parti socialiste et le parti communiste en juin  1981 en vue de la constitution du gouvernement de Pierre Mauroy qui devait comporter quatre ministres communistes, François Mitterrand aurait récusé la proposition  d’un militant syndicaliste, en l’occurrence René Le Guen (que j’ai bien connu) d’une femme, et de tout personnage battu aux récentes élections législatives, en faisant une exception pour Charles Fiterman.

     Il est peu probable qu’on puisse  aller au-delà d’un simple constat. Il serait  vain de vouloir en  tirer des appréciations plus générales sur les orientations du président de la République récemment élu.

      En revanche, je dispose de données concrètes sur la participation de militants syndicalistes aux cabinets ministériels, ainsi que je l’ai dit dans ma précédente note.

      Il est avéré que ni Matignon ni l’Elysée n’ont fait la moindre objection en ce qui concerne ma nomination au poste de directeur du cabinet du ministre de la fonction publique. C’était  d’autant plus significatif qu’aucun autre directeur de cabinet ne venait du monde syndical.

      A l’Elysée, des conseillers techniques chargés de « suivre » l’activité des ministères assistaient à ce titre aux réunions interministérielles. Pour le ministère de la fonction publique, il se trouve que cette responsabilité avait été confiée à Jeannette Laot, ancienne secrétaire confédérale de la CFDT puis à Robert Cheramy ancien secrétaire de la FEN avant  de l’être à une jeune « énarque », Ségolène Royal. En ce qui me concerne, si j’ai constaté  les obstacles que l’on pouvait rencontrer dans l’élaboration de certains textes avec Matignon et surtout avec la direction  du Budget, tout s’est bien passé avec les conseillers de l’Elysée.

      Dès les premiers jours, j’ai été invité à un déjeuner de personnalités organisé à l’Elysée par Paul Legatte, qui était un conseiller d’Etat ancien collaborateur de Mendès-France, futur Médiateur de la République puis membre du Conseil constitutionnel. Il semble que mon profil atypique ait été apprécié puisque j’ai été invité par la suite une douzaine de fois, au point de faire figure « d’habitué » de ces déjeuners qui faisaient l’objet d’une fiche d’invitation mentionnant les participants  et de photos de groupe à table et dans les salons de l’Elysée.

      Trois postes de conseiller d’Etat en service extraordinaire devaient se libérer en même temps en novembre 1983. François Mitterrand  (qui était saisi de nombreuses candidatures) a  nommé trois personnalités du monde syndical. Je pense que Paul Legatte n’était pas étranger à ma nomination qui était d’autant plus significative que pour la première fois l’appartenance à la CGT n’était pas  considérée comme un vice rédhibitoire et faisait même l’objet d’un choix délibéré. Naturellement la centrale syndicale n’était pas consultée et n’avait pas à l’être dans une nomination qui ne portait aucune atteinte à son indépendance, s’appliquait à une personne qui ne détenait aucun mandat syndical depuis des années, se fondait aussi sur les responsabilités assumées au ministère de la fonction publique et relevait du pouvoir souverain du Président de la République dont – m’a-t-on dit – personne ne connaissait la décision avant la réunion du  Conseil des ministres1.

     Comme je l’ai déjà dit par ailleurs, mon appartenance à la section des finances compétente sur les questions statutaires de la fonction publique de l’Etat, la confiance de ses deux présidents successifs pendant  la durée de  mon mandat et ma désignation régulière comme représentant de cette section dans les délibérations de la section de l’Intérieur quand il s’agissait  de textes statutaires de la fonction publique territoriale ont  certainement contribué à la continuité d’un travail entrepris en 1981. Sans perdre de vue qu’après la victoire de la droite aux élections législatives de 1986, les textes émanant du ministère de la fonction publique avaient une orientation différente de celle de la période précédente.

 

1-Selon le statut des membres du Conseil d’Etat, cette institution comprend douze Conseillers d’Etat en service extraordinaire choisis  "parmi les personnes qualifiées dans les différents domaines de l’activité nationale ", nommés par décret en conseil des ministres sur proposition du Garde  des sceaux.

 

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Ecrit par René Bidouze

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Auteur

  • René BIDOUZE
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire,  auteur d'ouvrages.
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

Eléments biographiques

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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