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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 07:16

 

Dans un autre de mes ouvrages, Fonction publique Les points sur i, VO éditions 1995 (qui a connu une assez bonne diffusion mais une existence éphémère en tant qu’édition papier puisqu’épuisé assez rapidement et non réédité) on pouvait lire dans le chapitre traitant la « Mission provisoire de réforme de la fonction publique » confiée par le général de Gaulle à Michel Debré en avril 1945 (pages 54 -60) une indication inédite sur la seule visite d’un ministre en exercice qui ait eu lieu, à ma connaissance, au siège de la Fédération générale des fonctionnaires (comme avant la guerre, elle était une des « fédérations » les plus importantes de la CGT et se transformera en Union générale des fédérations de fonctionnaires au congrès de mars 1946, avant la scission de 1947- 48).

Cette anecdote illustre à la fois l’histoire générale du syndicalisme des fonctionnaires et la place qu’y occupait le siège de la rue de Solferino acquis en 1934-1935.

…« Le projet a été soumis à la Commission de réforme de l’Etat de l ’Assemblée consultative, dont le rapporteur était Pierre Cot. L’Assemblée s’est réunie en procédure d’urgence les 21 et 22 juin 1945.

Pierre Neumeyer, intervenant dès l’ouverture des débats ( en l’absence de Charles Laurent en mission au Bureau international du travail) a indiqué que Michel Debré leur avait proposé d’avoir avec eux une « conversation » sur le projet d’ordonnance 1. Charles Laurent avait refusé, estimant qu’il était indispensable d’avoir communication du texte ( Charles Laurent et Pierre Neumeyer, membres de l’Assemblée consultative, étaient les deux principaux dirigeants de la Fédération générale des fonctionnaires).

Michel Debré s’est alors contenté d’une lettre exposant « les grandes lignes du projet » et a accepté de se rendre au siège de la Fédération générale des fonctionnaires, 10 rue de Solferino, pour y faire une « conférence » sur le sujet. Au cours de la discussion qui a suivi, il a refusé de communiquer les projets de textes d’application, qui pourtant étaient déjà prêts »…

1- Il s’agissait de l’Ordonnance du 9 octobre 1945, qui institua l’Ecole nationale d’administration, les instituts d’études politiques, la direction de la fonction publique et les nouveaux cadres d’administration centrale. C’est un des textes « fondateurs » de la fonction publique de la seconde moitié du XX e siècle. On peut en lire une analyse dans plusieurs de mes ouvrages et en dernier lieu dans « L’Etat et les fonctionnaires », publication numérique sur le site Calaméo.

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 07:11

La présentation qui a été faite récemment de mes ouvrages relatifs à la Commune de Paris était de mise dans un blog dont l’un des objets annoncés était et demeure de contribuer à l’Histoire de cet événement, même si le nombre des articles qui lui sont consacrés est de loin inférieur à celui des articles traitant l’Histoire de la fonction publique et du syndicalisme des fonctionnaires.

Aujourd’hui je crois devoir de nouveau appeler l’attention sur un ouvrage publié à la Documentation française en 2007, et présenté dans une séance solennelle suivie d’une réception à l’auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris.

  

Le Guide des sources de la Commune de Paris et du mouvement communaliste (1864-1880) publié en 2007, est une contribution inédite et originale à la connaissance de la Commune de Paris. Cet ouvrage comprend une première partie intitulée « Présentation et bilan de l’enquête » qui présente des explications concernant le découpage périodique et thématique destiné à permettre aux chercheurs d’avoir une vue d’ensemble des thèmes étudiés avec une connaissance précise des fonds existants (pages 13-66). Il analyse dans une substantielle deuxième partie de façon quasi-exhaustive les fonds d’archives conservés dans les bibliothèques, musées, institutions publiques et privées de Paris et de l’Ile-de-France (pages 67-700). Un cahier de 16 pages d’illustrations hors texte agrémente le document.

 

Cet ouvrage présente la particularité d’être accompagné de la mise en ligne sur le site des Amis de la Commune www.commune1871.com des bases de données relatives à environ 50.000 dossiers individuels de communards référencés dans les fonds d’archives suivants :

- 8 J Dossiers des conseils de guerre, au Département de l’armée de terre du Service de la Défense ;

-BB 24 Grâces demandées et accordées ou refusées, aux Archives nationales ;

- B A « Fichiers des communards », aux archives de la préfecture de police.

Il s’inscrit dans la série déjà longue des guides édités sur les sujets les plus divers par la direction des Archives de France depuis un certain nombre d’années. Il figure à ce titre dans les collections de son réseau sur l’ensemble du territoire national et dans celles d’institutions étrangères. Il fait l’objet d’une diffusion organisée selon les normes propres aux publications officielles, pouvant être utilement relayée par une diffusion militante des associations qui souhaitent s’associer à cette œuvre. Le guide est le fruit d’un « partenariat » efficace qui s’est exprimé dans trois textes significatifs :

   Bertrand Delanoë, maire de Paris (Préface)

…Cette entreprise est une œuvre de science, qui offre aux historiens un outil de travail exemplaire, loin de toute considération partisane. Mais elle est aussi un magnifique hommage aux insurgés de Paris, aux valeurs universelles qu’ils ont défendues et pour lesquelles beaucoup d’entre eux ont perdu la vie…

  Martine de Boisdeffre, directrice des Archives de France (Avant-propos)

…Le bilan de l’enquête et la présentation des fonds d’archives contenus dans cet ouvrage sont le fruit d’un travail de très grande envergure…Je suis particulièrement heureuse d’ajouter cet ouvrage à la liste des guides que la direction des Archives de France a à cœur de faire paraître ou d’aider à publier dans le cadre de la politique scientifique qu’elle anime.

  René Bidouze, coordinateur de l’équipe scientifique (Introduction générale)

…La réalisation du Guide des sources d’archives de la Commune de Paris et du mouvement communaliste (1864-1880) considéré dans toutes ses dimensions, sera finalement une œuvre de longue haleine, qui associera aux pionniers des années 2001-2007 de nouvelles compétences, voire de nouvelles passions pour la recherche, pour la vérité historique, pour la reconnaissance à l’égard d’hommes et de femmes qui eurent le mérite d’une révolution sociale aux avant-postes de la République et des libertés municipales...

Le Guide des sources de la Commune de Paris et du mouvement communaliste (1864-1880) est édité par la direction des Archives de France à la Documentation française

29, quai Voltaire 75344 Paris cedex 07

Tél 33 (0) 40 15 69 96

732 pages 65 €

Ouvrage disponible au siège des Amis de la Commune, 46 rue des Cinq-Diamants 75013 Paris.

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 08:35

Le spectre de la « déflation » est à l’ordre du jour. La Banque centrale européenne est en train de plancher sur les mesures destinées à éviter que la zone euro n’entre dans une spirale de baisse des prix et des salaires que certains économistes qualifient « d’inflation négative » 1.

La plus célèbre des périodes de l’Histoire marquées par la déflation est celle de la crise de 1929 et de ses prolongements dans les années qui ont précédé la Seconde guerre mondiale. En revanche, avant et après les chocs pétroliers de 1973 et 1979 notre pays a connu de longues périodes d’inflation.

Quand on s’intéresse à l’Histoire politique, économique et sociale et à celle du mouvement syndical qui lui est nécessairement liée, on ne peut manquer de voir le grand intérêt que présente la connaissance de ces phénomènes.

Dans la recherche sur l’Histoire de la « politique salariale de l’Etat » de la fin du XIXe siècle à nos jours qui fait l’objet de l’ouvrage numérique « L’Etat et les fonctionnaires de la plume sergent-major à internet », et dans des ouvrages antérieurs régulièrement cités dans ce blog, on trouve des analyses de l’action du mouvement syndical sous l’impulsion de la Fédération générale des fonctionnaires avant-guerre et des fédérations représentées au Conseil supérieur de la fonction publique après la scission de 1947-1948 au long de la deuxième moitié du XXe siècle.

1- Entre autres publications, « Le monde » Ecoentreprise de mardi 3 juin 2014 consacre plusieurs pages à ce sujet.

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 08:13

Dans les commentaires qui occupent les médias, on voyait revenir sans cesse le constat de « l’amateurisme » de certains des ministres du gouvernement de J-M Ayrault et de leur absence de préparation à l’exercice du pouvoir, non compensée par des cabinets ministériels accablés des mêmes défauts dans une Ve République présidentielle à bout de souffle. Le gouvernement de M. Valls n’est pas à l’abri des « couacs ».

C’est un sujet sur lequel j’ai un point de vue fondé sur l’expérience certes limitée mais concrète de la législature 1981-1986. Les nécessaires corrections de trajectoire de l’espace et du temps n’infirment pas les constantes de l’action gouvernementale.

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 18:27

Au lendemain même du désastre électoral du dimanche 24 mai, on pouvait relever, dans l’énorme déferlante des commentaires de l’ensemble des médias, une véritable accumulation d’informations affligeantes. Voici, à titre d’exemple, les principaux titres du n° de jeudi 29 mai du journal « Le Monde » ? Et depuis ça continue de plus belle :

Budget de l’Etat : la Cour des comptes débusque un trou de 12 milliards d’euros

L’UMP, entre cynisme et irresponsabilité

Evacuation sans issue pour les migrants de Calais

En Ukraine, le chaos de la guerre

Menaces sur les libertés en Turquie

Régime égyptien en mal de légitimité

Désaccords au sommet sur la réorganisation de l’Europe

Les impôts ne rentrent pas

Violences sur les mineurs

Ce n’est pas l’Europe qui est malade mais la France…

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 07:14

                                         

Nous sommes dans la commémoration du Débarquement du 6 juin 1944 qui fut un des grands événements du XXe siècle. Ceux qui avaient 20 ans à l’époque et ont survécu sont aujourd’hui nonagénaires.

En 1944, j’étais dans ma 22e année. Contrôleur stagiaire des Contributions indirectes après avoir exercé les fonctions d’instituteur détaché à l’Inspection académique à Pau, j’avais échappé au STO alors que j’étais dans un convoi de 2000 hommes à destination des mines de Katowice en Pologne occupée par les nazis.

                                                  

J’accomplissais mon stage à l’Ecole nationale des Contributions indirectes, rue Cardinet à Paris dans le 17e arrondissement. Le 6 juin, avait lieu l’examen de fin de stage auquel participaient les quelque 250 stagiaires appartenant à plusieurs promotions de cette période de guerre et dont la majorité étaient d’anciens instituteurs venus des départements les plus deshérités. Le directeur de l’école avait obtenu l’autorisation de ne pas l’interrompre dans cette journée du Débarquement marquée dans la capitale par quatre-vingt alertes aériennes. Classé 2e à l’écrit à un demi-point dans le total de points du premier j’ai terminé 4e. André Berteloot était le major.

Lorsque, après la Libération, Berteloot sera conseiller régional du Syndicat des Indirectes à Bordeaux, je serai son suppléant et lorsqu’il deviendra secrétaire général du syndicat en 1953 il me proposera d’accéder au bureau national. Une offre que je déclinerai pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec mon engagement syndical. J’accepterai cette fonction cinq ans plus tard, aux côtés de Léon Rouzaud sur proposition de Roger Loubet. André Berteloot avait alors pris la suite de Léon Rouzaud au secrétariat général de l’UGFF. Membre du bureau confédéral de la CGT, il en sera pendant des années l’administrateur. Roger Loubet qui avait été secrétaire général du Syndicat, était secrétaire général de la Fédération des finances, une fonction à laquelle je lui succèderai en 1962 avant qu’il ne soit élu secrétaire général de l’UGFF en 1964 en remplacement de Berteloot se consacrant à ses tâches confédérales. En 1970 je succéderai à Roger Loubet au secrétariat général de l’UGFF et je mettrai un terme définitif à mes responsabilités syndicales en 1978.

De 1946 à 1978, les secrétaires généraux successifs de l’UGFF - CGT (Alain Le Léap, Léon Rouzaud, André Berteloot, Roger Loubet, René Bidouze) Jacques Pruja un des promoteurs du statut général des fonctionnaires avec le cabinet de Maurice Thorez dont Pierre Meunier était le directeur, étaient tous des cadres supérieurs du ministère des Finances et plus précisément de l’administration fiscale dont le mandat fut de durée limitée et qui ont assumé (avant et après) d’autres responsabilités administratives, mutualistes ou syndicales.

Lors de la crise survenue dans le mouvement syndical CGT des fonctionnaires dans les années 1975 (analysée dans mes écrits souvent cités par ce blog) je n’ai pas pris en considération le positionnement apparent de Berteloot auprès des deux secrétaires confédéraux issus du même syndicat national qui s’opposaient à la direction de l’UGFF et tentaient de m’éliminer par des voies autoritaires. Léon Rouzaud, sans intervenir officiellement, ne les a pas soutenus. Je m’honore d’avoir prononcé son éloge funèbre aux côtés de Georges Séguy en 1977. Alain Le Léap a écrit la préface de mon livre Fonctionnaires sujets ou citoyens quelques années plus tard en 1979. Cette préface était une contribution à l’Histoire du syndicalisme des fonctionnaires.

Quels que soient leurs parcours, leurs divergences, les péripéties de la lutte sociale, ces personnalités avaient une relation forte avec la continuité de l’Histoire syndicale et ses lignes de force dans le temps long.

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 07:37

Certains journalistes emploient régulièrement l’expression « battre la campagne » pour désigner l’action des candidats aux différentes élections. Ils ignorent sans doute que selon tous les dictionnaires, cette expression n’est pas l’équivalent de « mener la campagne ». Elle signifie déraisonner, divaguer.

Il semble que cette expression ait été moins utilisée cette fois-ci. C’est dommage car elle commençait à se rapprocher de la réalité.

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 06:27

           

Pendant une assez longue période, après avoir publié, en 1991, une biographie de P-O Lissagaray, l’historien le plus prestigieux de la Commune de Paris, l’histoire de la fonction publique et du syndicalisme des fonctionnaires a quelque peu cédé le pas dans mes écrits (sans être abandonnée) à l’étude de cet événement majeur de notre Histoire nationale et de celle du mouvement ouvrier français et international. J’ai publié un ouvrage sur la Commune dans l’histoire des services publics suivi d’un nouvel ouvrage sur la place de la Commune dans l’histoire des idées et des institutions de la République qui a fait l’objet d’une réédition. En 2007, a été publié à la Documentation française le Guide des sources de la Commune, une œuvre collective dont j’avais pris l’initiative et assumé la coordination.

Dans ce blog, la plus grande partie de mes notes et articles portent sur l’Histoire du syndicalisme des fonctionnaires, inséparable de celle de la Fonction publique. Mais je n’oublie pas la Commune de Paris. J’estime même qu’il y a une grande continuité dans ma démarche. Ce sentiment était partagé.

Henri Krasucki a manifesté son intérêt à la parution de mon ouvrage Lissagaray la plume et l’épée en 1991. Il en parlait autour de lui avec la chaleur humaine qui le caractérisait. Lors de la publication de mon ouvrage 72 jours qui changèrent la cité, La Commune de Paris dans l’histoire des services publics, une réception a été organisée (à l’initiative de Georges Séguy président d’honneur et de Joël Hedde président) à l’occasion de la réunion du conseil d’administration de l’Institut CGT d’Histoire sociale dont j’étais membre depuis la création de cet organisme en 1982. Des Notes de lecture ont été publiées par la suite dans Les Cahiers de cet Institut. Un autre dirigeant syndical, Georges Frischmann, secrétaire général de la Fédération des PTT, qui avait publié quelques années plus tôt une biographie d’Albert Theisz et qui savait que je travaillais sur ce sujet qui l’intéressait particulièrement, a organisé une réunion de militants.

                                                               

 

- Lissagaray la plume et l’épée, Editions ouvrières, 232 pages, 1991.

-72 jours qui changèrent la cité. La Commune de Paris dans l’histoire des services publics

232 pages, Le temps des cerises, 2001

- La Commune de Paris telle qu’en elle-même. Une révolution sociale aux avant-postes de la République, 284 pages, Le temps des cerises, 2004. Réédition dans une nouvelle collection 2009.

- Sous la direction de René Bidouze,

Guide des sources d’archives de la Commune de Paris et du mouvement communaliste (1864-1880), Paris) accompagné de la mise en ligne sur le site internet des Amis de la Commune de Paris 1871 ( http://vvv.commune1871.org ) des bases de données des dossiers de 50.000 personnes arrêtées et poursuivies.

Avant-propos de Martine de Boisdeffre, directrice des Archives de France, Préface de Bertrand Delanoë maire de Paris, Introduction générale de René Bidouze. Documentation française, 732 pages, août 2007.

Pour se procurer ces ouvrages, neufs ou d’occasion, on peut s’adresser aux maisons d’édition, à diverses librairies sur internet (Amazon, Fnac, Price Minister …) ou à l’association Les amis de la Commune de Paris.

La Commune n’est pas morte

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 08:11

Sans rapport direct avec les élections européennes de dimanche prochain 25 mai (certains sont d’ailleurs déjà branchés sur 2017) je vais livrer quelques considérations inspirées de l’Histoire, conformément à la vocation plus affirmée que jamais de ce blog. D’aucuns les trouveront peut-être simplistes, mais je suis certain qu’on les retrouverait dans les décisions gouvernementales qui ne manqueraient pas de caractériser le retour au pouvoir des formations politiques de droite.

Droit syndical, droit de grève

A la fin du XIXe siècle, après une succession d’échecs des projets « d’état des employés » et pendant toute la première moitié du XXe, la pierre d’achoppement de l’Histoire de la fonction publique, des rapports de l’Etat avec les fonctionnaires et avec leur mouvement associatif, ce fut le rejet du droit syndical consacré par la jurisprudence du Conseil d’Etat et par le contenu autoritaire des multiples et successifs projets de statut. Cette vérité établie sur une étude concrète des sources juridiques et historiques n’a pas l’heur de plaire à certains analystes, qui veulent imposer leur vision et ont fini par influencer quelques responsables syndicaux d’aujourd’hui.

La question de l’exercice des droits syndicaux et dans une certaine mesure celle du droit de grève ont toujours tenu une place non négligeable, même au long de la deuxième moitié du XXe siècle, alors que le droit syndical était reconnu par le statut et le droit de grève par le Préambule de la Constitution.

Non titulaires, contrat

Dans la période contemporaine, la pierre d’achoppement, sur le terrain statutaire (sans négliger l’ensemble de la « politique salariale » comme on le fait trop souvent dans les colloques) c’est la question du recrutement des non-titulaires de toutes catégories et appellations et de la place du contrat dans le droit de la fonction publique. L’Histoire de la fonction publique atteste (lorsqu’elle n’est pas instrumentalisée par certains technocrates, ou ignorée par des responsables qui gagneraient à la mieux connaître) que cette question a constamment opposé les gouvernements et à leurs côtés la Haute administration aux organisations syndicales.

Lorsque je suis entré dans les fonctions de directeur du cabinet du ministre de la fonction publique en 1981, elle était au premier plan de l’action et des initiatives auxquelles j’avais contribué au long de la décennie précédente (sur le plan syndical, mais aussi sur le plan politique) et en tête du programme que nous allions engager. Les textes législatifs et réglementaires adoptés sur ce terrain seront effectivement une part importante des réformes de 1981-1984. Au long de mon mandat de Conseiller d’Etat en service extraordinaire de 1983 à 1987, les deux présidents successifs de la section des finances m’ont désigné comme rapporteur de la quasi-totalité des décrets de titularisation, qui étaient fondés sur des textes législatifs dont l’objectif était de donner à ces questions cruciales des solutions stables et cohérentes qui n’avaient pas de précédent dans l’Histoire en dehors de la fameuse loi du 3 avril 1950 qui ne fut pas appliquée. Cette politique a été remise en question dès la première cohabitation de 1986 par une modification du texte du statut des fonctionnaires. Indépendamment des évolutions politique, les représentants de la direction du Budget avaient mandat de s’employer à réduire la portée des « tableaux de correspondance » avec une constance sans faille ( je les ai vus à l’œuvre dans les rencontres de rapporteur avec les représentants des ministères).

Dans les nombreuses études que j’ai consacrées par la suite à ces problèmes j’ai rappelé comment les tranches de titularisation succédaient à des recrutements systématiques avec au bout du compte une augmentation massive de la proportion de non titulaires dans les effectifs des trois fonctions publiques et - aspect plus méconnu ou passé sous silence dès lors que cette alternance relative se renouvelle - un détournement des principes fondamentaux, principalement le principe d’égal accès aux emplois publics ( le concours comme mode de recrutement de droit commun est le plus mauvais des systèmes à l’exception de tous les autres, comme la démocratie selon Winston Churchill).

La droite contre le statut

J’affirme aujourd’hui que la réduction systématique des effectifs par non renouvellement des départs à la retraite, et par une limitation drastique des recrutements par concours au profit de l’engagement au demeurant aussi restreint que possible de contractuels de droit public ou privé (dont on oublie de nous dire qu’il faut tout de même leur payer un traitement sur le budget de l’Etat ou de la collectivité publique) est la pierre d’achoppement de notre époque. C’est ce que j’ai cru devoir appeler par extension d’une expression bien connue des juristes de droit public une « mise en extinction », dont les gouvernements successifs des cohabitations et alternances ont acquis une riche expérience, accompagnée de celle d’une réduction programmée du champ d’application du statut par des réformes structurelles d’organisation.

Une question de tous les temps

Lorsque les dirigeants politiques de droite annoncent qu’ils abrogeront le statut général des fonctionnaires, ils songent essentiellement à mettre un terme à ce qu’ils appellent « l’emploi à vie » en ne recrutant à l’avenir que des agents de droit privé (qu’on aurait désignés en d’autres époques de l’expression « précaires et révocables ») en maintenant et en renforçant toutes les dispositions dérogatoires et spéciales qui affectent déjà depuis toujours le régime général de la fonction publique (et dont on ne parle jamais) à commencer par celui de la Haute administration. Ce n’est pas leur faire un procès d’intention que de rappeler ces données. Ils s’en vantent ouvertement en espérant, en ces temps de crise, avoir le soutien des salariés du secteur privé.

Une question connexe est posée, et je souligne qu’elle l’est à toutes les époques, ce qui nous ramène quelque peu au contexte électoral : quelle est la position de chacun des autres partis politiques et de leurs groupes parlementaires sur les questions fondamentales de la fonction publique ?

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 17:16

Dans le tome 1 de mon ouvrage Les fonctionnaires sujets ou citoyens ? Le syndicalisme des origines à la scission de 1947-1948, paru aux Editions sociales en 1979 un chapitre était intitulé La Fédération des fonctionnaires s’installe au 10 rue de Solferino (pages 247-248). Page 306 ( et non pas 416 comme il était indiqué par erreur à la note 15) un court chapitre « A la veille de la Libération, ultimes combats ».

Dans le tome II paru deux ans plus tard en juin 1981, sur Le syndicalisme de la scission de 1947-1948 à 1981 un chapitre était intitulé « La fin de la Maison des fonctionnaires (page 364) .

Cet ouvrage a connu à l’époque une importante diffusion, mais il est depuis longtemps épuisé. Il n’a pas été réédité, mais on peut le consulter à la BNF et dans les bibliothèques universitaires et se le procurer auprès de librairies et maisons d’édition par la voie d’internet. Si les bibliographies accompagnant la plupart des ouvrages sur le syndicalisme (notamment celui du monde enseignant qui ignorent souvent les questions générales de la fonction publique et l’action syndicale qui s’y rattache) et si les publications des organisations syndicales de la fonction publique, en premier lieu celles de l’UGFF-CGT, citaient mes ouvrages (et ceux d’autres auteurs, très peu nombreux, notamment Georges Frischmann ou Jeanne Siwek-Pouydesseau qui ont étudié ces sujets), la connaissance de l’Histoire de la fonction publique et du syndicalisme des fonctionnaires serait à un autre niveau parmi les fonctionnaires et agents publics et les journalistes dont la majorité ne l’a pas vécue sur le terrain. On éviterait peut-être l’accumulation d’erreurs qui caractérise les prestations dont j’ai eu l’occasion de prendre connaissance.

Les extraits de mon ouvrage relatifs à la « Maison des fonctionnaires » constituent certainement une référence, (n’en déplaise à plus d’un) mais ils doivent donner lieu à certaines précisions : L’Union générale des fédérations de fonctionnaires CGT résultait de la transformation de la Fédération générale des fonctionnaires par le congrès de mars 1946. La scission n’est intervenue que plus tard en 1947-1948. Le siège qui était la propriété de la Fédération générale des fonctionnaires depuis 1934-1935 avait deux entrées (et deux concierges). L’une était au 10 rue de Solferino, pour les organisations de la CGT, l’autre au 94 rue de l’Université pour la Fédération de l’Education nationale. La Fédération générale Force ouvrière sera associée à égalité avec l’UGFF et la FEN à la vente de l’immeuble en 1978 par une interprétation correcte de l’Histoire du mouvement syndical CGT des fonctionnaires qui était le « tronc commun » de cet ensemble, mais si des syndicats FO avaient leur siège dans l’immeuble de la rue de Solferino, ce ne fut jamais le cas de la fédération qui avait son propre siège dans le même quartier.

L’implantation générale des organisations constitutives du mouvement syndical des fonctionnaires dans le 7e arrondissement de Paris avant la Seconde guerre mondiale et pendant une assez longue période après la scission de 1947-1948 était fondée sur la proximité jugée nécessaire avec la Chambre des députés (devenue Assemblée nationale) et les principaux ministères. C’est une des données de l’Histoire du syndicalisme des fonctionnaires marquée par son « action parlementaire » sous les IIIe et IVe Républiques. L’affaiblissement du rôle du Parlement qui devait résulter de la Constitution de la Ve République sera une des raisons spécifiques du vote NON au référendum de 1958 préconisé par l’UGFF et remarquablement explicité par Léon Rouzaud secrétaire général du Syndicat des Indirectes qui avait été secrétaire général de l’UGFF après Alain Le Léap et avant André Berteloot.

Cliquez ci dessous pour accéder aux extraits de « Fonctionnaires sujets ou citoyens «

 

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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  • : Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris
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  • René BIDOUZE
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire,  auteur d'ouvrages.
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

Eléments biographiques

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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