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                           Les services publics à Paris dans les années 1870

 

        La loi du 16 juin 1859 avait annexé à  la capitale qui comptait désormais deux millions d’habitants, les communes situées entre le mur des Fermiers généraux et la ligne des fortifications. Sous l’impulsion du baron Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870,  elle avait subi de profondes modifications.

       Dans les années 1870,  les services publics à Paris se composaient en premier lieu  des ministères au nombre de six, des directions nationales et des services parisiens des grandes administrations dont les effectifs pour la France entière étaient de l’ordre de 250.000 (dont près de 40.000 ministres du culte). Le libéralisme économique restant l’idéologie dominante, l’intervention de l’Etat  se limitait par ailleurs à quelques établissements – d’ailleurs situés à Paris -  gérés en « régie directe » tels que l’Imprimerie nationale, les Monnaies et Médailles, l’Atelier de fabrication d’armements du Louvre, la Manufacture des Gobelins, les entrepôts dépendant de la Manufacture des Tabacs.

      La capitale  était dotée d’un régime administratif particulier, avec un préfet de la Seine, un maire de Paris et vingt maires d’arrondissement,  un préfet de police avec un Chef de la Sûreté commandant 80 commissaires de quartier, quelques centaines d’inspecteurs et 6000 sergents de ville. Les 250.000 enfants d’âge scolaire se répartissaient en partie sensiblement égales entre les inscrits dans les écoles communales, ceux qui l’étaient dans des écoles congréganistes et les élèves non inscrits ne fréquentant aucune école. Il existait à Paris une quinzaine d’hôpitaux et hospices soumis à la surveillance de l’Assistance publique, un Mont-de-Piété, des bureaux de bienfaisance. L’Opéra, l’Opéra comique, les grands musées, la Bibliothèque nationale et les autres bibliothèques publiques tenaient une place honorable dans la vie culturelle de la société parisienne. Les chemins de fer, dont l’essor avait  commencé sous le Second Empire, relevaient d’un régime original : l’exploitation des lignes était assurée par six compagnies privées concessionnaires (Nord, Est, Ouest, Lyon, Orléans, Méditerranée) placées sous une tutelle assez souple du ministère des Travaux publics.  Les services municipaux, qui occupaient naturellement une place essentielle dans l’administration parisienne ont joué un grand rôle pendant le siège.

      Les personnels des ces différents services étaient pour une part des agents placés sous l’autorité de l’Etat et pour une part beaucoup plus importante des employés de droit privé. .

      Telle était la configuration des « services publics « dans une société qui ne connaissait pas encore l’éclairage électrique, le téléphone, la machine à écrire,  le métro, l’automobile et le transport aérien, dans une   ville dotée de 100.000 chevaux où on circulait à pied, en fiacre ou en omnibus. On était  encore très loin de la fonction publique d’aujourd’hui, des services industriels et commerciaux, des offices et sociétés d’économie mixte qui se développeront dans les dernières décennies du XIXe siècle, pendant la guerre de 1914-1918, dans l’entre-deux-guerres, et surtout du vaste secteur public et nationalisé qui se constituera au lendemain de la Seconde guerre mondiale, et qui est aujourd’hui dans une phase décisive de reflux et de privatisation ouverte ou rampante.

 

La prise en mains des services administratifs par le Comité central et la Commune

 

      Dans la journée du 18 mars, les ministres ont rejoint l’Assemblée à Versailles  Adolphe Thiers a ordonné l’évacuation générale des troupes et il a intimé l’ordre aux fonctionnaires et agents publics de quitter la capitale.                                                                                      

      Le Comité central d e la Garde nationale a pris possession de tous les organes politiques et administratifs. Il a immédiatement  nommé des responsables à la tête des principaux services. Il a pris des mesures d’urgence et organisé les élections qui après deux renvois, ont eu lieu le 26 mars 1871.

    Mais il s’est trouvé devant un vide impressionnant : les chefs de service, sauf ceux qui sont restés sur ordre pour combattre la Commune et saboter son action, sont partis en emportant chaque fois qu’ils en ont eu la possibilité, le matériel, la caisse, les archives.  On estime qu’un employé sur quatre est resté à son poste.

     Il a donc fallu  recruter de nouveaux agents pour assurer le fonctionnement des services publics parisiens, tout en appelant systématiquement, comme la Commune le fera par la suite,  les employés défaillants à reprendre leur activité, par voie d’affiches et de communiqués au JO.

    Personne ne conteste que les communards, fidèles aux principes de la Révolution française, étaient favorables à l’élection des fonctionnaires et des magistrats, et -donnée moins connue-  à leur recrutement par examen ou concours. Mais il était matériellement impossible d’organiser des élections dans un délai aussi court et il n’existe aucune trace de telles élections dans les documents et archives de la Commune.

    On a par contre la preuve, notamment à la lecture du JO, de multiples initiatives pour assurer des recrutements objectifs par la vérification des compétences et capacités, et de nombreux arrêtés de nomination, comme d’ailleurs de révocations de fonctionnaires d’autorité défaillants.

 

                              La gestion des services publics par la Commune

 

       Dès le lendemain de sa proclamation, la Commune a créé neuf commissions qui ont assumé le pouvoir exécutif de l’assemblée délibérative.

        Elle a assuré le ravitaillement de la capitale, le secours aux indigents, la sauvegarde de la santé, la sécurité et la justice, l’ouverture et la laïcisation des écoles, la levée et la distribution du courrier, l’ouverture au public des musées et des bibliothèques, le fonctionnement des services des Monnaies et médailles, de l’Imprimerie nationale, des Poids et mesures, la collecte des impôts et taxes nécessaires au fonctionnement de ces services, au paiement de la solde des gardes nationaux, aux fabrications de guerre par les régies financières existantes et les avances de la Banque de France.

       Selon un des premiers décrets de la Commune, les membres de la Commune avaient la direction de l’administration dans leur arrondissement et Jules Andrieu, Délégué des services publics remplissant les fonctions de chef de l’administration municipale s’employait activement à coordonner leur action. Le blocus décrété par Thiers pour affamer la capitale a été mis en échec.

       L’entretien de la voirie, des canalisations d’eau, des cimetières, du Mont-de-Piété  a  été correctement assuré, ainsi que l’éclairage de ka ville en dépit de quelques restrictions. Les services de protection contre l’incendie, ceux des Poids et mesures, ont été réorganisés. Les bureaux de l’état-civil ont repris leur activité, mais la loi du 19 juillet 1871 s’empressera d’abolir les actes établis sous la Commune et d’obliger les intéressés à les renouveler dans les trente jours.

.    Ce qui se passait dans les quartiers et les arrondissements, avec une participation très active du peuple parisien, est une des données les plus importantes, une des originalités  profondes de la Commune de Paris. On ne comprendrait pas la véritable portée de cet événement si on ne tenait pas compte de la situation qui régnait dans les profondeurs du peuple parisien :

-les assemblées qui se tenaient dans les quartiers, souvent dans les églises, avec une affluence très importante ;

- l’information large organisée par la Commune sur ses décisions ;

- l’existence de dizaines de journaux parfois éphémères, mais dont certains, comme Le cri du peuple ou le Père Duchêne, avaient un titrage important et  une liberté de ton remarquable.

       Il est légitime, à ce sujet, de  poser ces deux questions à ceux qui dénigrent la Commune et aussi à ceux qui éludent le fait qu’elle a fait face à ses responsabilités d’assemblée élue par les Parisiens :

- que se serait-il passé si  elle  n’avait pas engagé et réussi la gestion des services publics parisiens  et répondu aux besoins immédiats d’une  population  qui venait de subir les rigueurs de la guerre et du siège et dont une partie importante était dans la misère ?

- qu’ont fait les services installés à Versailles, en dehors de la préparation de ce qu’un auteur a appelé « la guerre contre Paris » ?

    

                                   Les modes de gestion des services publics

 

        Les communards sont allés au-delà d’une simple gestion. Ils ont fait preuve d’un esprit novateur, en rupture avec les conceptions autoritaires du Second Empire.

        On a évoqué à cet égard, le conseil consultatif des Postes, la désignation des chefs d’atelier par les ouvriers de l’Imprimerie nationale, le règlement élaboré à l’Atelier de réparations et transformations d’armes du Louvre créant un conseil de direction et de surveillance et contenant un ensemble de dispositions relatives à la nomination de délégués, de chefs d’atelier, l’embauche et le renvoi des ouvriers.

        Dans un court laps de temps, on a assisté à une  volonté d’associer les travailleurs aux décisions concernant le fonctionnement de l’entreprise et leurs propres conditions de travail.

 

                                                La morale révolutionnaire

 

     L’honnêteté  des communards est  un fait largement reconnu. Les auteurs les plus hostiles conviennent quand on les y oblige, que les tentatives de corruption émanant du gouvernement de Versailles ont échoué.

     La commission des finances gérait les finances au grand jour. Elle publiait régulièrement au JO les tableaux détaillés des mouvements de fonds, et en organisait le contrôle. Une commission supérieure de comptabilité opérait la vérification générale des comptes des administrations communales. Le paiement des soldes des gardes nationaux faisait l’objet de mesures strictes d’organisation, de contrôle, et de transparence.

      Une commission d’enquête était chargée dans chaque arrondissement, de la mise en œuvre du décret communal portant création de pensions à fournir aux veuves et aux enfants des gardes nationaux tués au service de la Commune et une commission devait centraliser les résultats.                    

       Une note relative aux versements des taxes sur les halles et marchés parue au JO précisait que les détournements éventuels, sans aucun doute monnaie courante sous l’Empire, seraient poursuivis. Un décret prescrivait que tous les fonctionnaires ou fournisseurs accusés de concussion seraient traduits devant la cour martiale.

    Il faudrait encore dire un mot sur la manière dont la Commune et le comité central de la Garde nationale ont traité le devoir de « désobeissance », notamment par cette proclamation affichée dans les derniers combats de la Semaine sanglante à l’adresse des soldats de Versailles : « Lorsque la consigne est infâme, la désobéissance est un devoir » exprimant ainsi une conception d’une frappante modernité.

 

 

 

 

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Ecrit par René Bidouze

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  • : Le blog de René BIDOUZE
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  • : Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris
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Auteur

  • René BIDOUZE
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire,  auteur d'ouvrages.
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

Eléments biographiques

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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