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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 12:52

         

 

 

images[1]-copie-1René Bidouze, La Commune de Paris telle qu’en elle-même. Une révolution  

            sociale  aux avant-postes de la République et des libertés municipales

                                    Le temps des cerises,  Réédition 2009.

                                                 (Extrait p 118-119-120)

 

Pendant les soixante-douze journées de la Commune de Paris, le drapeau rouge, remplaçant le drapeau tricolore, flottait sur l’Hôtel de Ville et sur tous les monuments publics. L’insigne des fonctionnaires municipaux  était une écharpe rouge frangée d’or.

Le drapeau rouge trouve son origine dans la loi martiale du 21 octobre 1789 qui  autorisait  les responsables municipaux à réquisitionner et à utiliser la force armée contre toute manifestation présentant un danger pour l’ordre public, après sommation  concrétisée en hissant  un drapeau rouge sur la maison commune. Elle ne fut appliquée qu’une seule fois, le 17 juillet 1791, lors d’une manifestation au Champ-de-mars à Paris marquée par une fusillade  qui fit une cinquantaine de morts. Elle devait être abrogée en 1793, pour être remplacée par les législations sur l’état d’urgence et l’état de siège.

Le drapeau rouge resta comme le symbole de l’insurrection et du sang ouvrier répandu. Aussi, en 1848, après les journées de février et la constitution du gouvernement provisoire, les ouvriers parisiens en armes voulaient qu’il fut l’emblème national. Le 25 février, Lamartine, ministre des Affaires étrangères dans ce gouvernement, affirma dans un discours enflammé que «  le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie », et un décret maintint ce drapeau comme emblème national. Cependant, les manifestants groupés le lendemain sur la  place de l’Hôtel de Ville, arboraient le drapeau rouge, et contraignaient le gouvernement à délibérer. Ce dernier maintint le drapeau tricolore, mais précisa : « Comme signe de ralliement et comme souvenir de reconnaissance pour le dernier acte de la révolution populaire, les membres du gouvernement provisoire et les autres autorités porteront la rosette rouge, laquelle sera placée aussi à la hampe du drapeau. » « Rosette rouge qui ne vivra que ce que vivent les roses » dira justement un historien de ces événements.

Dans la partie « non officielle » du Journal officiel de la Commune en date du 31 mars 1871, était publié un article intitulé « Le drapeau rouge » qui traitait  en ces termes l’adoption du drapeau tricolore en 1789 : « on crut pouvoir concilier toutes les classes, et l’on adopta le drapeau tricolore : ce fut une contradiction avec le principe de l’égalité devant la loi, et une erreur bien pardonnable dans une époque de transition. Mais on n’arrivera jamais  à mêler ensemble le mercure, l’eau et l’huile. » Après une violente diatribe contre Lamartine et son discours de 1848, cet article se terminait ainsi : « A nouvelle ère, nouveau drapeau ! Le drapeau du travail, de la paix et de l’égalité, le drapeau rouge ! »

Pourtant, si  le drapeau rouge était l’emblème de la lutte révolutionnaire et le restera, le drapeau tricolore  avait  aussi sa place dans l’histoire de France. Le 17 juillet 1789, le roi Louis XVI, reçu à l’Hôtel de Ville de Paris par le maire Bailly et le commandant de la garde nationale La Fayette, recevaient la cocarde parisienne tricolore, qui devenait la cocarde nationale. Selon  le décret de la Convention daté du 27 pluviôse an II  (15 février 1793) : «  Le pavillon, ainsi que le drapeau national, sera formé des trois couleurs nationales disposées en trois branches égales, de manière que le bleu soit attaché à la garde du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant. » Le drapeau blanc à fleur de lys fut adopté par la Restauration, mais il disparut définitivement en 1830, l’article 67 de la Charte de la monarchie de Juillet précisant : «  La France reprend ses couleurs. A l’avenir, il ne sera plus porté d’autre cocarde que la cocarde tricolore. » Les constitutions de la IVe et de la Ve Républiques précisent expressément que le drapeau tricolore est l’emblème national.

A Paris, pendant la Commune, paraissaient plusieurs dizaines de journaux. Ils portaient presque tous la date du calendrier révolutionnaire et celle du calendrier grégorien. Début mai, la Commune accentuait ses références à la Révolution française : un Comité de salut public était créé, des commissaires civils étaient nommés auprès des généraux commandant les trois armées, les textes publiés au Journal Officiel étaient datés de floréal an 79, et dans les derniers jours, à partir du 20, de prairial. Mais cette datation n’était pas systématiquement appliquée. On sait aussi que la Commune remit en honneur le terme « citoyen » supplantant le terme « monsieur ».

Si la Commune de Paris donnait au drapeau rouge un prestige qui symbolisera au long du XXe siècle, les luttes et les espoirs du mouvement ouvrier, elle n’avait pas d’hymne officiel. La Marseillaise, décrétée chant national par la Convention,  éliminée à partir du Premier Empire, ne redeviendra l’hymne national qu’en 1879. Le communard Eugène Pottier a écrit la première version des paroles de L’Internationale en juin 1871, et Pierre Degeyter n’en écrira la musique qu’en 1888. Il fut invité au VIe congrès de l’Internationale communiste en septembre 1928 avec quelques survivants de la Commune de Paris. L’Internationale sera l’hymne officiel de l’URSS jusqu’en 1947 et restera le chant des révolutionnaires dans le monde entier. Le temps des cerises, dont l’auteur était un autre communard, Jean-Baptiste Clement, datait de 1866. On ne traitera pas ici du passionnant sujet des chansons de cette époque, ni du parcours prestigieux de ces deux chants. Mais lorsque nous évoquerons la résonance de la Commune de Paris dans l’histoire du mouvement ouvrier et révolutionnaire, nous ne manquerons pas de mentionner les conditions dans lesquelles le Parti communiste français, dont la fidélité à la Commune ne sera pas exempte d’interprétations  qu’il faut aujourd’hui discuter, « réconcilia » en 1934 le drapeau rouge et le drapeau tricolore, La Marseillaise et l’Internationale  et s’engagea alors dans une politique dont la portée historique ne peut être contestée, alors que Trotsky  condamnait « le mariage du drapeau de la Commune avec celui de Versailles. »

 

 

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE - dans La Commune
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commentaires

drapeau 13/09/2012 12:26

On découvre tout cela avec plaisir.

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  • : Le blog de René BIDOUZE
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  • : Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris
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Auteur

  • René BIDOUZE
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire,  auteur d'ouvrages.
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

Eléments biographiques

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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