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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 12:20

                                                                     La Commune de Paris

                                             en  phase avec  les constantes de la culture politique

                                                                       du peuple français  

               ( Conclusion de l’ouvrage  La Commune de Paris telle qu’en elle-même…)

 

   …La Commune de Paris suscite un regain d’intérêt et mérite les efforts accomplis pour surmonter l’occultation dont elle a été l’objet, parce qu’elle exprime des constantes, des tendances fortes de la culture politique du peuple français, exprimées en premier lieu par les forces de gauche.

      Elle aurait ce rtainement pris toute sa place dans l’histoire des idées si elle n’avait été une marque sanglante sur les mains des fondateurs de la IIIe République et des classes dirigeantes du dernier tiers du XIXe siècle, qui ont tout fait pour l’éliminer de la mémoire collective. Encore aujourd’hui, dans bien des évocations de cette période  présentées dans des livres, des articles, des émissions de télévision, on sent bien  par la manière dont on parcourt les événements comme si le printemps de 1871 n’avait pas existé  qu’il y a « un cadavre dans le placard. »

   Et pourtant, quelques réflexions  souffrent difficilement la contestation.

   La Commune de Paris est la fille de la philosophie des Lumières, de la Révolution française, éléments  fondateurs de la nation  générateurs des Droits de l’homme et du citoyen et de la souveraineté du peuple. Elle  est profondément liée aux symboles de la République et de la démocratie, au tryptique révolutionnaire « Liberté, égalité, Fraternité.»

   Les sentiments patriotiques des fédérés parisiens des années 1870 s’insurgeant contre la capitulation du gouvernement de la « Défense nationale », sont dans la lignée qui relie les sans - culotte, les soldats de l’An II, aux combattants de la Résistance contre l’occupation nazie du milieu du XXe siècle.

   Pour montrer à quel point, pour la bourgeoisie, la peur de la subversion sociale l’emportait sur la crainte de la paix prussienne, on cite parfois ces propos tenus le 28 septembre 1870 par le duc de Persigny, haut dignitaire de l’Empire, devant l’ambassadeur prussien pour être rapportés à Bismarck, indiquant qu’il « tient la situation de la France pour désespérée si la paix n’est pas conclue bientôt ; si elle ne l’est pas, la société  et tout ce qui demeure debout serait la proie des rouges. »

   On évoque aussi comment, le 25 octobre 1870, Adolphe Thiers annonçait à Gambetta dont la mobilisation contre l’envahisseur l’inquiétait la capitulation de Bazaine à Metz alors qu’elle ne s’était pas encore produite.

   Rappelant ces faits, Jean-Noel Jeanneney 1 souligne que « la consonance est frappante avec la réaction, soixante-dix ans plus tard, du général Weygand, commandant en chef des armées françaises, pendant que se consomme, en juin 1940, la défaite de nos armes : il pousse frénétiquement à l’armistice en brandissant la nouvelle fausse (et l’inquiétude vraie) d’un coup de force communiste à Paris. »

    Ne peut-on penser que les propos du duc de Persigny, la manœuvre de Thiers, le fameux slogan des années 1930 « Plutôt Hitler que le Front populaire », le mensonge de Weygand, traduisent une certaine continuité ? Maurice Agulhon 2, analysant la politique du PCF dans l’entre-deux-guerres, écrit : « Maurice Thorez, soit inspiré par le Tchèque Clément Fried (le tuteur laissé auprès de lui par l’Internationale), soit par l’historien Jean Bruhat,  ou peut-être par les deux, tirait de l’histoire de la Révolution française un très simple schéma : à chaque époque, la « classe montante » est porteuse de patriotisme, la « classe déclinante » est vouée à trahir la nation. Hier, la bourgeoisie de 1789 incarnait la France, et l’aristocratie, c’était Coblence… » Cet auteur estime  que cette analyse était « simpliste » et reproche aux communistes de l’avoir « claironnée sans mesure. » Mais il constate que « les témoignages de la haine mortelle des politiciens contre le Front populaire, et de complaisances françaises pour les fascismes étrangers, n’ont rien d’imaginaire. » « L’abus, pense-t-il, consistait à mettre la bourgeoisie au singulier. » En effet, les fractions de la bourgeoisie qui n’étaient pas pro-fascistes et virtuellement antinationales, émergeaient « quoique discrètement » et « nous en pertcevons mieux l'importance aujourd'hui avec le recul du temps. »                                                                                                                                                                                                                                                      

    Les luttes des communes médiévales pour leurs franchises, la Commune insurrectionnelle de 1792, les péripéties des débats du XIXe siècle sur l’Etat, la décentralisation, le fédéralisme, le Paris des révolutions politiques et sociales, et les peurs qu’il inspira toujours aux classes dirigeantes, le conflit récurrent entre la tutelle de l’Etat et la démocratie pour la capitale,  forment une longue trame  où s’inscrivent les communards de 1871.

    Il est communément admis que l’égalité est une « passion française » 3 une quête incessante du peuple français, une tendance de fond de sa culture politique, et particulièrement de celle de la gauche, que certains pour tenter de la discréditer et la combattre sans trop se compromettre, n’ont pas d’autre ressource que de la   ravaler au niveau de « l’égalitarisme », ou de lui préférer la notion d’équité.

    Cette passion politique s’est exprimée dans une revendication permanente constamment placée  au cœur du mouvement démocratique et servant de base à la plupart des démarches et projets de société de la France contemporaine. Elle  a trouvé une traduction  explicite particulièrement forte en devenant  un principe général de notre droit consacré par la jurisprudence du Conseil d’Etat et du Conseil constitutionnel.

    Comment ne pas voir que ce principe d’égalité  imprégnait  les idées et les actes du conseil général de la Commune, et plus encore les débats et les revendications des organisations populaires qui dans les quartiers de la capitale, en faisaient leur credo ?

    Si on se contentait d’une analyse superficielle de l’évolution politique de la France au long du dernier quart de siècle, en se laissant impressionner  par la formidable pression  idéologique des forces dominantes de la société, on pourrait douter de ces constantes de la culture politique du peuple français. En réalité, quand la gauche est régulièrement sanctionnée par le corps électoral, comme ce fut le cas en 1986, en 1993, en 2002, ce n’est pas pour rejeter les lois sociales, le service public, ce n’est pas pour faire acte d’allégeance aux visées ultra libérales de la droite. C’est pour condamner un pouvoir de gauche qui finit par pratiquer une politique sociale- libérale  en tournant le dos aux idéaux qu’il aurait dû porter avec constance et fermeté 4

    Les valeurs dont le peuple était porteur en 1871 : la résistance à l’envahisseur, la sauvegarde de la République, les libertés municipales pour la capitale, la justice sociale, la laïcité de l’Etat et de l’école, ont tissé un lien puissant entre les générations. Dans cette longue suite d’aspirations et de combats, la place de la Commune de Paris doit être clairement  affirmée. Il faut le faire  en prenant les distances qui s’imposent avec ceux qui se complaisent dans un discours stéréotypé exprimant une vue hagiographique de l’événement, et rendent un mauvais service à la cause qu’ils prétendent défendre.

 

1- Jean-Noel Jeanneney, L’avenir vient de loin, Essai sur la gauche, Editions du Seuil 1994.

2 - Maurice Agulhon, La République, tome II 1932 à nos jours, Hachette 1997.

3 -Nicolas Baverez, L’égalité, une passion française, Revue Pouvoirs n° 100, La République, Seuil. Certains écrits plus récents de cet auteur bénéficiant d’une large audience dans les médias portant notamment sur La France qui tombe ou sur le comportement des salariés les plus modestes ne peuvent susciter que des réserves, voire une nette réprobation.

4 -Jacques Généreux, Chroniques d’un autre monde, Seuil, 2003.

 

 

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE - dans La Commune
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commentaires

hhhhhhhhhhhhhh 15/12/2010 17:39


faut-il recommencer 1789 ???


que penser des droits lorsque l'on constate que l'article 35 a ete supprimé!!!!!!

article XXXV
Quand le gouvernement viole le droit du peuple,l'insurrection est pour le peuple,
et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits etle plus indispensable
des devoirs.

a diffuser!!!!!!!!!!!


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  • : Le blog de René BIDOUZE
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  • : Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris
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Auteur

  • René BIDOUZE
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire,  auteur d'ouvrages.
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

Eléments biographiques

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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