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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 07:20

                                         A. Gramsci

 

 

                                                          Extrait de

René Bidouze, La Commune de Paris telle qu’en elle-même Une révolution sociale aux avant-postes de la République et des libertés municipales 

Réédition 2009, Le temps des cerises (p 201-203)

            .

Qui est Antonio Gramsci (1891 - 1937) ?


    Quatrième des sept enfants d’une famille très modeste, il a travaillé dès l’âge de onze ans, puis il a poursuivi des études secondaires, obtenu une bourse, s’est  inscrit aux facultés de lettres et de droit. Il a pris ses premiers contacts avec  le mouvement socialiste italien avant la Première Guerre mondiale, et a eu, au long des années suivantes, une grande activité dans le journalisme politique. Arrêté en 1919, il fut en 1921 l’un des fondateurs du Parti communiste italien, directeur de son organe devenu quotidien,  Ordine nuovo. Elu député en 1924, alors que l’Italie était sous le régime fasciste, il fut arrêté en 1927 et condamné à vingt ans de réclusion. De 1929 à 1936, il rédigea ses Cahiers. Gravement malade, il obtint une réduction de peine, puis fut libéré en 1937. Mais il mourut quelque temps après, frappé par une hémorragie cérébrale. Théoricien marxiste, Gramsci a élaboré des concepts et développé des analyses subtiles et originales sur la Révolution et les questions de l’Etat. Son œuvre a donné lieu à des interprétations contradictoires et à des controverses dans le mouvement communiste international.

 

Voir Marie Antonieta Macciocchi, Pour Gramsci, Editions du Seuil, 1974

 

 

   On ne rencontre pratiquement jamais, dans les études générales sur la Commune de Paris, même dans celles qui font une place plus ou moins large aux écrits de Marx, les analyses d’Antonio Gramsci.

   Ce penseur, rejetant le dogmatisme, a avancé des concepts nouveaux  tels que « hégémonie », « société civile » et « société politique », « bloc historique », « catharsis », dont le maniement est particulièrement subtil et complexe, mais qui n’occupent pas la place qu’ils méritent dans la littérature marxiste. Ses travaux furent  pratiquement frappés d’interdit par les idéologues soviétiques.

   L’application qu’il a faite de ces concepts  aux événements qui se déroulèrent en France de 1789 à 1870  présente  pourtant un incontestable intérêt, car elle éclaire la place de la Commune de Paris dans ce processus historique. Gramsci  a déduit de son étude que « ce n’est qu’en 1870-1871, avec l’expérience de la Commune, qu’arrive à son dénouement historique tout ce qui, en 1789, n’était qu’à l’état de germe… » Il  note qu’au cours  de cette  longue période jalonnée par 1789, 1794, 1799, 1804, 1815, 1830, 1848, 1870, se sont succédé en France des crises, des bouleversements sociaux et politiques qui se sont déroulés jusqu’à l’instauration d’un nouvel équilibre entre les forces antagonistes. Et il constate que d’une part, la bourgeoisie a été capable d’assurer sa domination idéologique, et que d’autre part, elle a ouvert des périodes de « stabilisation » de plus en plus longues, en contrôlant de mieux en mieux la « société civile », comme le montre l’énumération des dates  retenues.

   En 1871, la bourgeoisie, comprenant  que son « hégémonie » était menacée, et qu’un divorce entre « société civile » et « société politique » risquait  de  modifier les bases de la direction de l’Etat, a sauvagement réprimé le mouvement communal.

   C’est avec l’écrasement de la Commune, pense cet auteur, que s’est achevée la crise organique ouverte par la Révolution de 1789. Il constate que les contradictions internes de la structure sociale n’ont trouvé leur équilibre relatif qu’avec la IIIe République donnant à la France « soixante ans de stabilité politique », et il considère, notamment pour cette raison, que l’expérience historique de la Commune de Paris est « d’une valeur inestimable. »

   L’application des concepts avancés par Gramsci  à cette longue période de l’histoire de France le conduisait à une  réflexion pertinente : avant même de conquérir l’Etat, la Révolution française de 1789 avait été préparée par le « siècle des Lumières » diffusant une nouvelle conception idéologique opposée à celle de l’aristocratie, pénétrant jusque dans les campagnes, et jetant ainsi les bases  de la conquête de la « société politique » par le nouveau « bloc historique. »

    C’est bien la crise de l’hégémonie adverse qui prépare les conditions de la prise du pouvoir. Un groupe social, pense Gramsci, peut, et même doit s’imposer comme dirigeant, avant même la prise du pouvoir, en se ménageant le consensus des « groupes sociaux et alliés ». Même si la Commune de Paris a su assumer tout à la fois les intérêts des ouvriers et ceux de la petite bourgeoisie parisienne, elle était coupée de l’ensemble de la France rurale, et n’a pu vaincre l’hégémonie de la bourgeoisie. De ce point de vue, la situation de la France en 1871 n’était pas celle de 1789…

     On est en droit de penser que c’est principalement  en ce sens que « la Commune n’est pas morte », tout en admettant qu’on puisse évoquer cette formule par référence à des considérations relevant d’un certain « romantisme révolutionnaire ». 

 

 

 

 

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE - dans La Commune
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  • : Le blog de René BIDOUZE
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  • : Des articles et des points de vue sur la Fonction Publique, le syndicalisme et la Commune de Paris
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Auteur

  • René BIDOUZE
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire,  auteur d'ouvrages.
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

Eléments biographiques

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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