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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 08:30

 

De la « Maison des fonctionnaires » à la « Maison du Parti socialiste » et des beaux quartiers de Paris  à la banlieue ouvrière

  Depuis des décennies, les journaux télévisés ont très souvent montré des personnalités politiques franchissant les grilles de l’immeuble situé au 10 de la rue de Solferino.  Aujourd’hui, personne ne peut ignorer que là se trouvait  le siège du Parti socialiste. L’ensemble des médias y a largement contribué et Jean-Luc Mélenchon a pris sa place dans ce concert en affligeant ses anciens camarades du qualificatif volontairement désobligeant de « solfériniens ».

  Candidate à la présidente de la République en 2007, Ségolène Royal avait déjà évoqué l’éventualité de la vente de ce siège, dont elle pensait qu’il avait le tort de se situer dans un des arrondissements les plus huppés de la capitale, et qu’il convenait de s’orienter vers l’acquisition de nouveaux locaux dans un quartier populaire.

  Après la débâcle du Parti socialiste aux élections présidentielle et législatives de 2017, et les graves difficultés financières qui en ont résulté, non seulement la question a été reprise avec les mêmes arguments mais elle a été  portée à l’ordre du jour des délibérations du Parti socialiste qui annonçait  en septembre 2017 la mise en vente de l’immeuble. Cette décision a donné lieu à d’innombrables commentaires

    Les dirigeants socialistes et les journalistes de la presse écrite, de la télévision et de la radio ont complètement gommé l’histoire de cet immeuble qui  fut de 1934 à 1978 la « Maison des fonctionnaires » avant de devenir la « Maison du Parti socialiste ».

 

   Brève histoire de la « Maison des fonctionnaires » 

                                                                  

     En décembre 1913, le congrès de la Fédération des fonctionnaires créée en 1909 avait adopté un texte qui « reconnaissait l’utilité de la créationd’une Maison des fonctionnaires », en « approuvait le principe »et renvoyait cette question à « l’étude du conseil fédéral pour la recherche des moyens pratiques propres à sa réalisation » et lui « donnait mandat »de l’assurer le plus vite possible, « de quelque manière que ce soit »

  Au lendemain de la guerre de 1914-1918, la Fédération regroupait des associations transformées en syndicats malgré l’interdiction gouvernementale et la jurisprudence draconienne du Conseil d’Etat. Elle adhérait à la CGT en 1920, puis la quittait pour sauvegarder son unité et la rejoignait de nouveau en 1927. A cette époque, elle était installée à l’angle des rues de Lille et de Poitiers.

   Forte de ses 300.000 adhérents, d’un hebdomadaire à grand tirage « La tribune des fonctionnaires » dont le responsable était Robert Lacoste et dont le premier numéro était sorti en 1913, la Fédération générale des fonctionnaires a fait l’acquisition en 1934, quelques mois avant la réunification de 1935-1936, grâce aux fonds recueillis par souscription auprès des fonctionnaires et agents publics, de l’immeuble situé à l’angle du 10 rue de Solférino et du 94 rue de l’Université, qui appartenait alors à la famille du prince de Broglie.

  Le droit syndical des fonctionnaires ne sera reconnu que dans le statut général adopté au lendemain de la Libération, en 1946. Le mouvement syndical des fonctionnaires bénéficiait d’une reconnaissance de fait depuis 1924. Il ne pouvait donc acquérir la propriété de l’immeuble et il a dû constituer à cet effet une société immobilière 

 Ainsi le mouvement syndical des fonctionnaires restait dans le quartier des ministères et des ambassades, à proximité de la Chambre des députés. En 1940, après la dissolution des syndicats, le gouvernement de Vichy s’est emparé de ce siège pour y installer les services de son ministère de l’Information. En juin 1944, un groupe de résistants a exécuté sur place le sinistre Philippe Henriot, porte- parole de la collaboration. Le 18 août, un groupe de FTP (Francs-tireurs partisans) a repris possession de l’immeuble où la Fédération des fonctionnaires s’est immédiatement réinstallée.

  Après la scission de 1947-1948 la maison abritait l’Union générale des fédérations de fonctionnaires CGT, la Fédération de l’Education nationale, et plusieurs syndicats nationaux autonomes ou affiliés à FO. Elle était gérée - dans des conditions qui bravaient la division syndicale - par un comité réunissant les représentants des organisations qui y avaient leur siège sous la présidence es-qualités du secrétaire général de l’UGFF.

 En face, au 5 de la rue de Solferino, se trouvaient, pendant « la traversée du désert » les bureaux du général de Gaulle. 

 

Vingt années dans les bureaux

   Délégué de la section de Pau aux congrès du syndicat des Indirectes des lendemains de la Libération, le siège du syndicat situé dans cet immeuble, était mon point de ralliement.

   Après mon arrivée dans la région parisienne en 1952,  j’y ai assisté pendant des années aux réunions de la commission exécutive de ma section syndicale.

   Dans l’exercice de mes responsabilités nationales à tous les niveaux du syndicalisme des fonctionnaires (Syndicat national des Indirectes, Fédération des Finances, Union générale des fédérations de fonctionnaires) j’ai siégé pendant vingt ans de 1958 à 1978, dans les bureaux de cette « Maison des fonctionnaires ».

-De 1958 à 1963, j’ai siégé  dans les locaux du rez - de- chaussée » occupés par le syndicat des Indirectes. 

 -De 1963 à 1970 dans les locaux de la Fédération des finances situés au 1erétage. Mon  bureau était la pièce dans laquelle  Philippe Henriot avait été exécuté en 1944 (les traces de balles étaient restées sous les lambris).

 -De 1970 à 1978  dans le bureau central auquel on accédait par le grand escalier où, disait-on, Charles Laurent,fonctionnaire de la Caise des dépôts et consignations  secrétaire général de la Fédération des fonctionnaires pendant 35 ans, de 1909 à 1946, avait placé un « huissier à chaîne »,comme dans les palais ministériels.

 

Les dernières années de la « Maison des fonctionnaires

   

Dès mon entrée dans les  fonctions de secrétaire général de l’UGFF en décembre 1970,   j’avais délégué à Roger Jemond, trésorier de l’UGFF- qui s’en est très bien acquitté- les questions relatives à la gestion de la « Maison des fonctionnaires » concernant notamment la situation des deux gardiennes. Celle du 94 rue de l’Université était plutôt en rapport avec la FEN. Celle du 10 rue de Solferino était branchée sur l’UGFF et ses composantes. 

 Sous l’impulsion de mon prédécesseur Roger Loubet, les organisations syndicales dont le siège était situé dans des locaux de la « Maison des fonctionnaires » s’étaient interrogées sur l’éventualité d’un projet de rénovation et de transformation en une Maison commune à l’ensemble du mouvement syndical des fonctionnaires. Cette éventualité s’étant heurtée à d’insurmontables difficultés administratives et financières, le comité de gestion que je présidais à mon tour a été saisi en 1978 d’un projet de mise en vente. Dans un premier temps, les responsables de la Fédération de l’Education nationale, du Syndicat national des instituteurs se sont employés, avec le concours de l’avocat Jean Cornec à tenter de prendre la situation en mains. Je me suis opposé à cette prétention à une hégémonie qui n’a d’ailleurs pas tardé à confirmer son inefficacité. La question de la propriété de l’immeuble butait, en effet sur les difficultés juridiques qui résultaient des conditions d’acquisition de l’immeuble à une époque où le rejet du droit syndical des fonctionnaires avait contraint à la création d’une société immobilière dépourvue d’existence réelle. De toute façon, si la FEN avait le droit d’être représentée par un avocat, les organisations de la CGT regroupées par l’UGFF étaient fondées à être représentées de la même façon. C’est ainsi qu’avec Me Calpouzos, nous sommes intervenus auprès du service compétent de la Direction générale des Impôts pour donner à ce problème juridique l’indispensable solution. Directeur divisionnaire des impôts, je n’étais pas plus mal placé qu’un enseignant pour résoudre cette question vitale. A ma connaissance, personne n’a vu (ou n’a voulu voir) que sans cette décision la propriété de l’immeuble serait revenue à l’Etat. D’autre part, j’ai veillé à ce que toute vaine discussion sur les droits respectifs des organisations CGT, FEN et FO soit évitée : le principe de la répartition du produit de la vente en trois parts égales a été retenu. C’est la Mutuelle de retraite des instituteurs présidée par René Teulade qui s’est portée acquéreur. Elle revendra son siège, quelques années plus tard, au Parti socialiste.

   Les organisations qui siégeaient rue de Solférino se sont installées dans de nouveaux locaux. Plus tard, les sièges de l’UGFF et ceux des fédérations et syndicats qu’elle regroupait s’installeront à la bourse du travail de la CGT à Montreuil.

  Aujourd’hui le nouveau siège du Parti socialiste en crise est à Ivry-s- Seine, au cœur de ce qui fut la circonscription de Maurice Thorez jusqu’à sa mort en 1964, et où j’ai résidé, milité et voté de 1960 à 1971.

  Cet article est une brève présentation des éléments constitutifs  d’une longue et riche histoire de la fonction publique et du syndicalisme des fonctionnaires largement traitée dans les centaines de pages de mes ouvrages études et articles. 

 

 

 

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Eléments biographiques

   En un demi siècle, j'ai fait "le tour de la table" de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur de cabinet du ministre, conseiller d'Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

 

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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