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9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 17:03

Fonctionnaires sujets ou citoyens ?

         Une interpellation forte et ancienne  qui fait son chemin 

En 1978, j’ai entrepris l’écriture du premier tome de mon ouvrage qui sera publié en 1979 aux Editions sociales sous le titre « Les fonctionnaires sujets ou citoyens ? Cet ouvrage de 346 pages était fondé sur une collection complète de « La tribune des fonctionnaires », un journal grand format créé en 1913 qui avaitfait l’objet d’une reliure annuelle (à l’exception des années de l’Occupation), et sur les archives disponibles... Celles de la Fédération générale des fonctionnaires constituée en 1909 - qui était jusqu’à son remplacement en mars 1946 par l’Union générale des fédérations de fonctionnaires, la grande organisation représentative de ce mouvement syndical - avaient disparu pendant la Seconde guerre mondiale. 

Tome 1

Ce tome I qui traitait « le syndicalisme des origines à la scission de 1947-1948 »se décomposait en six parties :

-L‘époque des associations professionnelles

-Après un court passage à la CGT, la Fédération des fonctionnaires dans l’autonomie

-Le syndicalisme des fonctionnaires divisé (1929-1935)

-Le mouvement syndical réunifié (1936-1939)

-La Deuxième guerre mondiale et la Libération (1939-1944)

-Une période cruciale pour l’avenir des fonctionnaires (1946-1948)

  Plus de 300 Notes accompagnaient les différents chapitres.

La préface d’Alain Le Léap

Alain Le Léap a accepté d’en écrire la préface. Fonctionnaire des Finances, il avait été le premier secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires. Il s’était dressé contre la scission syndicale et il avait été élu secrétaire général de la CGT aux côtés de Benoît Frachon. Emprisonné en 1952, lors du « complot des pigeons »,il  était aux premiers rangs des luttes des travailleurs pour leurs revendications, pour les libertés et pour la paix.

   La lecture de sa substantielle préface était de nature à enrichir la connaissance de l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires et de sa relation avec le syndicalisme confédéral CGT. C’était un document de référence. Encore aujourd’hui, les fonctionnaires et citoyens des nouvelles générations, qui vivent dans une France profondément différente de celle qui était évoquée dans ces lignes, et sont aux prises avec les grands problèmes de ces premières décennies du XXIsiècle, peuvent, avec les distances qui s’imposent, le consulter avec intérêt.

 Alain Le Léap s’exprimait ainsi :

  « Accepter de prendre la responsabilité de cette préface m’avait, au départ, quelque peu inquiété. Dans toute analyse historique, le rapprochement des faits, leur interprétation peuvent conduire à des conclusions divergentes. Allais-je, moi qui suis sorti du mouvement réformiste, me trouver en parfaite communauté de pensée avec l’auteur ? La lecture du travail remarquable effectué par René Bidouze m’a rassuré. Le recul du temps permet de bien juger les faits et les hommes. La simple impartialité conduit alors à une convergence logique des vues.

   René Bidouze a pris le mouvement syndical des fonctionnaires à ses débuts. Il a souligné les difficultés de sa naissance et de sa croissance. Relatant les évènements en situant chacun d’eux dans son contexte politique et social, il conduit le lecteur, aussi jeune soit-il, à une pleine compréhension, de ce que fut l’action syndicale des fonctionnaires de la vieille fédération, puis de l’UGFF, pendant les quarante années de la période dont il fait l’examen. Tâche difficile dans un domaine où la documentation n’abondait pas. Je dois rendre hommage à la justesse de son analyse comme à la sincérité de son expression. La présentation me devenait alors facile, en m’aidant de quelques souvenirs personnels. Qu’il me soit permis de le dire : le sérieux et l’objectivité de son travail n’ont fait qu’ajouter à l’estime et à la grande et amicale sympathie que je lui portais ».

      Dans une de mes  brochures  publiée sur le site Calaméo sous le titre « Une préface qui fait référence . Alain Le Léap 1905-1986»on peut lire le texte de son intervention à la commémoration du 30eanniversaire du statut général des fonctionnaires  en 1976  et le texte intégral de sa préface.

 

 

Le tome II 

 

Aussitôt après la publication de ce tome I portant sur la longue période des origines à la scission de 1947-1948, j’ai engagé les recherches pour le tome II qui devait porter sur la période de cette scission à 1981…

    … Pour ce tome II, on ne m’a laissé  le temps ni de solliciter un préfacier, ni de reprendre les dizaines de notes de références que j’avais rédigées. J’ai placé en tête un avant-propos intitulé « En guise de préface »présentant quelques observations qui longtemps après la publication ont toujours leur utilité et dont il convient de citer un  extrait.  

 « …Après la scission de 1947-1948, les fédérations, l’UGFF et les syndicats qu’elle regroupe continuent. Mais partout des organisations homologues sont affiliées à « Force ouvrière ». D’autres deviennent autonomes. La Fédération de l’Education nationale, bien que constituée dans un seul secteur de la Fonction publique, est aussi une fédération de fonctionnaires qui prendra rang de centrale syndicale. La fédération CFTC, qui avant 1945 ne comptait guère, voit à la faveur de la scission, son influence prendre un certain développement. Elle donne naissance à une nouvelle fédération dans la CFDT en 1964, mais une CFTC se maintient. En 1959, se crée une fédération des cadres affiliée à la CGC. Dans la période contemporaine, les pouvoirs publics considèrent comme représentatives  sept organisations (CGT, CFDT,FO, FEN,CFTC, CGC, Autonome).

   La rédaction de ce tome II posait donc un problème majeur : était-il possible de traiter l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires pour cette période, en étudiant de façon détaillée l’activité, l’évolution interne, de chacune de ces organisations ?Il a paru sage de renoncer à cette approche particulièrement vaste et hasardeuse et d’articuler l’étude autour du syndicalisme CGT, qui reste la force la plus représentative et développe son action au sein de la première centrale ouvrière de notre pays. D’ailleurs, cette  étude conduit constamment à l’examen de faits et d’événements où sont impliquées les autres organisations, et à l’analyse des rapports entre elles.  

  Ainsi apparaissent les limites  de ce travail dont il est cependant légitime d’espérer  qu’il sera une contribution à l’étude générale du mouvement syndical.

   Enfin la période étudiée, surtout la dernière décennie, n’est pas encore du domaine de l’histoire .En particulier, il est certain que les développements de la politique de l’Etat à l’égard de la Fonction publique et des  fonctionnaires, les positions adoptées par les différentes organisations syndicales, l’évolution de leurs structures posent une multitude de problèmes qui sont ou peuvent être l’objet de débats, voire de controverses… »

  Ce tome II se décomposait en trois parties :

-De la scission syndicale à la fin de la IVeRépublique

-Des débuts de la Ve République au mouvement de mai - juin 1968.

- Le syndicalisme des fonctionnaires aujourd’hui (1968-1981)

  A noter que les derniers chapitres de l’ouvrage s’appliquant à la courte période (1978-1981) qui se situait entre la fin de mes mandats syndicaux et la reprise de ma carrière administrative avant mon accession à des  fonctions ministérielles ( directeur du cabinet du ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la fonction publique et des réformes administratives) évoquaient les tendances du syndicalisme de l’époque que l’on devrait retrouver dans l’histoire des crises affectant l’UGFF, les fédérations des Finances et de l’Equipement et certains syndicats nationaux dans les deux dernières décennies du siècle. 

  Mes travaux sur l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires sont concentrés dans ces deux volumes. Ce syndicalisme est, comme je n’ai cessé de le souligner –ainsi que  JeanneSiwek-Pouydesseau, auteur d’ouvrages sur ce sujet dans les années suivantes - le fera également, un acteur essentiel de l’histoire de la fonction publique..

L’hommage d’Henri Krasucki 

 

Henri Krasucki, qui avait de longue date pris conscience des problèmes généraux de la fonction publique et des enjeux du syndicalisme des fonctionnaires, et avait été associé à ma décision d’engager ces travaux, avait plus que tout autre dirigeant confédéral de la CGT, commenté et apprécié la parution du premier volume.

     En juillet 1981, il m’a appelé pour me faire connaître l’appréciation qu’il portait sur le second qui venait de paraître. Il l’avait lu dans l’avion, au retour d’une session de la Fédération syndicale mondiale. Il constatait que mon intention de travailler sur l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires après mon départ de la direction de l’UGFF, s’était concrétisée par deux volumes en trois ans. Sur ce tome II il portait en substance les appréciations suivantes (que j’ai notées sur-le-champ) :

 « Les questions délicates ont été parfaitement traitées, avec la hauteur de vues nécessaire. Il est impossible de dire le contraire de ce qui est écrit dans ce livre, qui traite l’histoire pour ce qu’elle est. Sur Léon Rouzaud, Le Brun, Berteloot, très bien. Sur la période délicate, le ton qu’il faut.

  Ce livre vient au bon moment, au-delà du monde des fonctionnaires. L’intérêt du premier volume était de donner une idée enfin sérieuse basée sur les faits, d’une histoire compliquée.

  Le deuxième est écrit en avril 1981. Les points de suspension et la fin sont bien conçus. Le livre ne sera pas daté, les événements se poursuivront ».

 Henri Krasucki ajoutait : « Je défie qui que ce soit de « tousser ». Tout ce qu’on pourra écrire maintenant sur ce sujet sera une contrefaçon, une entreprise de mauvaise foi battue d’avance ».

       LaVie ouvrière n° 1942 du 18 novembre 1981 a consacré deux pages à la présentation de cet ouvrage sous le titre La recherche passionnée d’une solidarité de destin avec la classe ouvrièrecomprenant une reproduction de la couverture du vol I, un entretien avec Thérèse Hirzberg et un article d’Henri Krasucki intitulé Pour qui s’intéresse à l’évolution de la CGT :

  « Les deux volumes sur l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires de René Bidouze intéressent beaucoup plus que les fonctionnaires.

 Tous ceux, toutes celles qui cherchent à connaître, à comprendre la CGT, sa diversité et son évolution au fil du temps ont beaucoup à y apprendre.

 Il s’agit d’un travail sérieux, fondé sur les faits sans rien gommer et dégageant, à chaque étape, une réflexion sur le sens profond de ce qui s’est produit…… en  mentionnant  ensuite l’originalité de la composante « fonctionnaire » du monde du travail et de son cheminement : ce n’est qu’en 1924 qu’ils ont conquis le droit de constituer des syndicats !

  Beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, cette expérience apprend à traiter avec doigté, sans simplification « tout blanc-tout noir », de la réalité historique et donc de ce qu’est réellement notre vaste et si diverse CGT, que des esprits superficiels traitent ces temps-ci avec tant de légèreté. Et pour certains, de malveillance.

  Par-dessus tout, et en fin de compte, ces deux volumes montrent pour quelles raisons fondamentales commandées par la vie sociale elle-même et par quel cheminement on est passé d’un syndicalisme des fonctionnaires qui fut longtemps le point d’appui massif du réformisme syndical dans la CGT à un syndicalisme moderne où la conception de masse et de classe, qui est celle de toute la CGT, est devenue le bien commun des organisations CGT de fonctionnaires groupées dans leur UGFF.

 Or, c’est l’un des faits les plus considérables de la vie syndicale française : la CGT est la première organisation syndicale chez les fonctionnaires aussi. Et le courant syndical de lutte de classe est, par- là, devenu le plus influent parmi les fonctionnaires avec les particularités qui sont les leurs.

  Cela fait partie des choses qu’il faut connaître pour comprendre ce qu’est vraiment la CGT.

  C’est aussi l’œuvre de plusieurs générations de militants qui ont pris part à la lutte durant des décennies et représentent toutes les sensibilités existant dans la CGT.

  De Michel Piquemal, Alain Le Léap, Léon Rouzaud, André Berteloot, Roger Loubet, dirigeants d’aujourd’hui, René Bidouze n’en oublie aucun, loyalement.

  Je ne froisserai pas sa modestie en me bornant à rappeler que lui-même a été, durant de nombreuses années, un remarquable secrétaire général de l’UGFF pour qu’on se rende compte qu’il a pris, lui aussi, une certaine part à cette évolution et qu’il connaît ce dont il parle…                                             

Une réédition numérique Bnf

  Cet ouvrage a connu une bonne diffusion.Il est épuisé depuis longtemps, mais on peut  se le procurer neuf ou d’occasion en se connectant à divers sites internet et le consulter à la BNF et dans des bibliothèques universitaires. La Bibliothèque nationale de France diffuse sur data.bnf.frdes informations sur mes activités, mes ouvrages. 

   D’autre part, en application de la loi n°2012-287 du 1ermars 2012, les ouvrages publiés au XXsiècle devenus indisponibles peuvent être numérisés et commercialisés sans le consentement des auteurs au profit d’une société de gestion collective. Une liste de ces ouvrages est publiée dans un registre baptisé Relire.  Dans ce cadre,  les deux tomes de l’ouvrage « Les fonctionnaires sujets ou citoyens ? » ont fait l’objet d’une réédition numérique qui peut être téléchargée à un prix modique à partir de plusieurs librairies accessibles sur internet. 

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Eléments biographiques

   En un demi siècle, j'ai fait "le tour de la table" de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur de cabinet du ministre, conseiller d'Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

 

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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