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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 09:22

                                                            Un carcan institutionnel

 

La société française est enserrée dans un véritable carcan institutionnel constitué par l’élection du président de la République au suffrage universel instaurée il y a plus d’un demi-siècle, le quinquennat renouvelable et l’inversion du calendrier électoral subordonnant les élections législatives à la présidentielle qui l’ont aggravé par la suite, le scrutin uninominal à deux tours et l’absence de toute représentation proportionnelle éliminant la représentation de millions d’électeurs. Ce régime de « monarchie républicaine » perdure sur un fond d’abstention de plus en plus massive affectant en premier lieu les classes populaires.

Ceux qui ne ratent aucune occasion de se référer aux autres pays pour imposer leurs idées se gardent bien de reconnaître que notre régime institutionnel n’existe nulle part au sein de l’Union européenne. Des forces politiques, économiques, financières puissantes dominant la quasi-totalité du système médiatique s’emploient à le perpétuer en utilisant massivement toutes les ressources de la pression idéologique. Le « fait religieux » envahit maintenant la nation, et la laïcité qui est une marque de notre histoire est battue en brèche.

Certains journaux, tout particulièrement ceux qui bénéficient d’un héritage de « sérieux » acquis de longue date et dont Le Monde est une sorte de prototype, ont amplement développé, au cours des dernières années, les investigations dans les coulisses des institutions, des partis politiques, des organismes au sein desquels se décide le sort des populations. Leurs auteurs analysent chaque jour ou chaque semaine les péripéties de la vie politique. Ils publient des ouvrages et s’expriment sur les plateaux de télévision.

Il faut, comme on dit, lire « entre les lignes » et découvrir ainsi les motivations intimes, les préoccupations plus ou moins secrètes, les « postures » et les manœuvres parfois sordides de ce qu’on appelle, depuis que la notion de « classe » est comme bien d’autres assez galvaudée, la « classe politique ».

Ainsi, pour ne prendre que cet exemple dans l’actualité, les manigances autour des candidatures aux primaires de droite, de gauche ou d’ailleurs, voire les annonces ou menaces de candidatures directes à l’élection présidentielle, sont des révélateurs de l’état de délitement de notre système politico-médiatique, des tares et faiblesses de certaines des « élites » qui prétendent le représenter et du discrédit qui frappe les partis politiques..

Le camp des républicains progressistes - dans lequel je n’ai pas cessé de me situer en toute indépendance et dont les contours sont incertains - ne peut de toute évidence ignorer les contraintes de ce « carcan institutionnel » aggravées par les instances de l’Union européenne dirigées pendant dix ans par le sinistre Barroso.

Tenter d’imposer un candidat unique à la présidentielle de 2017 pour engager une politique résolument différente de celle du tandem Hollande-Walls ou de celle des chevaux de retour de la période précédente, c’est-à-dire une politique fondée sur un véritable programme et conduite par une nouvelle majorité parlementaire de gauche est un objectif légitime.

J’ai le sentiment que cette stratégie est vouée à l’échec si les mécanismes et les pièges du système présidentiel ne sont pas clairement identifiés, dénoncés et éliminés par l’ensemble des partenaires et des candidats (déclarés ou potentiels) qui se réclament plus ou moins de ce camp républicain.

 

                                                 Silence sur le service public

 

De récentes études - déjà évoquées ici - confirment que les fonctionnaires et agents publics qui ont toujours été fidèles dans leur large majorité, aux orientations et à la politique des formations de gauche n’échappent pas aujourd’hui aux évolutions de l’échiquier politique évaluées par les enquêtes et sondages traduisant une influence accrue du Front national dans les classes populaires auxquelles la plus grande partie d’entre eux appartiennent, et dans sa présence assurée au second tour de la présidentielle

Les interventions qui se sont déroulées dans les médias sur le projet de loi Travail et le conflit social qu’il a généré traitent essentiellement la question des négociations et des accords dans les branches et les entreprises et s’appliquent en fait à la situation des salariés du secteur privé. Certains intervenants parmi les plus hautement responsables (notamment Guillaume Pepy) sont allés jusqu’à affirmer que les salariés du secteur public ne sont pas concernés. Ces affirmations tendancieuses et inexactes ne semblent pas avoir être réfutées comme il l’aurait fallu auprès du grand public. De surcroît, les millions de fonctionnaires et agents publics en activité, en retraite ou maintenus dans des statuts « en voie d’extinction » lorsque leur ancienne administration est privatisée - « citoyens » et serviteurs de l’intérêt général que d’aucuns sont toujours tentés de traiter comme des « sujets » - restent pratiquement absents des innombrables dissertations qui envahissent les chaines de radio et de télévision et la presse écrite.

                                                        Le pire n’est jamais sûr

Dans ce contexte, sans ignorer que la levée des obstacles qui se dressent sur la voie d’une nouvelle politique est le premier objectif, il n’est pas interdit de considérer que les reculs subis par la « conception française de la fonction publique » (qui relève d’un ensemble législatif et réglementaire) au long des trente dernières années et les dangers qui pèsent sur son avenir sont un phénomène qui concerne l’ensemble des citoyens et des usagers des services publics. Ils devraient être traités comme tels dans toutes les hypothèses des évolutions politiques de la période, dans une démarche spécifique englobant le champ politique au-delà du champ syndical.

Il n’est pas davantage interdit de craindre qu’en l’état actuel toutes les conditions ne soient réunies pour que les millions de fonctionnaires en activité et en retraite, plus largement les services publics dont ils sont les agents, les jeunes diplômés prêts à la relève mais contraints à l’expatriation ne soient des victimes désignées des prochaines consultations électorales. Et pas seulement les futurs retraités qui selon le Comité de suivi des retraites sont exposés à un « risque de pauvreté ».

Mais la mobilisation et la combativité d’une masse de salariés de toutes catégories confirme que le pire n’est jamais sûr.

 

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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Auteur

  • René BIDOUZE
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire,  auteur d'ouvrages.
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

Eléments biographiques

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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