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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 15:47

Série « Pleins feux sur l’histoire du syndicalisme des fonctionnaires »

 

 

                                          La gauche au pouvoir (1981-1984

 

 

Je me suis largement exprimé, dans des ouvrages, articles, conférences, et ensuite dans ce blog et dans mes publications numériques sur la politique du ministère de la fonction publique et sur ses relations avec le mouvement syndical des fonctionnaires. Le ministre Anicet Le Pors a également publié de nombreux textes. Les commémorations du 30e anniversaire de la version 1983-1984 du statut général des fonctionnaires (que j’ai soumises à un examen critique et auxquelles je n’ai pas été associé) ont apporté de nouveaux commentaires. Il y avait aussi des ombres, principalement dans le domaine de la « politique salariale », avec laquelle j’ai pris les distances nécessaires au cours même de mes fonctions de directeur de cabinet, et dont je n’accepte pas qu’elle soit occultée ( voir L’Etat et les fonctionnaires site Calaméo)

 

Aujourd’hui c’est un témoignage de première main sur la politique du ministère de la fonction publique en 1981-1984.

 

La concertation entre le ministère de la fonction publique et les organisations syndicales envisagée dès l’entrée en fonctions du gouvernement Pierre Mauroy en juin 1981 n’était pas une question secondaire. Elle était, plus que dans tout autre ministère, le cœur de l’action à mener et la condition fondamentale de son aboutissement.

D’anciens militants syndicalistes, principalement de la CFDT, sont entrés dans plusieurs cabinets ministériels et à l’Elysée. Mais j’étais, à ma connaissance, le seul à exercer les fonctions de directeur de cabinet.

La question des rapports entre le pouvoir de gauche et les organisations de la CGT et des conceptions de la centrale est par ailleurs une des données de la situation politique et sociale de cette période que les chercheurs en histoire sociale se doivent d’approfondir. La politique du ministère de la fonction publique, la concertation avec les organisations syndicales de fonctionnaires pour l’élaboration de réformes qui trouveront pour une large part leur insertion dans une nouvelle version du statut général des fonctionnaires et leurs prolongements dans des décrets, ne peuvent par ailleurs être pleinement appréhendées que dans le cadre d’une analyse des évolutions du contexte politique de ce premier septennat de François Mitterrand.

La tension qui est apparue dès le début et s’est ensuite confirmée entre le ministre de la fonction publique Anicet Le Pors et la secrétaire générale de l’UGFF-CGT Thérèse Hirszberg et à un moindre degré Louis Viannet secrétaire général de la fédération des PTT (tous trois membres du comité central du PCF) a posé un ensemble de problèmes qui ont à divers moments rendu la tâche du directeur de cabinet particulièrement difficile. Dans un ouvrage d’entretiens intitulé « Quatre ministres et puis s’en vont… Philippe Lefait, Editions de l’Atelier, 1995 Anicet Le Pors s’est exprimé ainsi sur ce sujet: « Viannet qui n’est pas quelqu’un que j’estime beaucoup, était l’un de mes principaux interlocuteurs quand j’étais au ministère puisqu’il était le patron de la Fédération CGT des PTT. Il a un sens de l’agitation de masse, connaît bien ses classiques syndicaux. C’est un professionnel du syndicalisme ni très travailleur, ni très sincère, ni très habile : ce n’est pas quelqu’un de première grandeur… Il était certes plus raisonnable et moins « emmerdant » que Thérèse Hirszberg, la pasionaria du syndicat ».

La campagne menée contre la présence de ministres communistes dans le gouvernement menée par André Bergeron secrétaire général de Force ouvrière (que tout le monde semble avoir oubliée) ne pouvait être sans effet sur la Fédération des fonctionnaires affiliée à cette centrale. Des manifestations auxquelles avaient pris part les responsables de la Fédération des fonctionnaires CGC créaient quelques difficultés. Les orientations des représentants de la CFDT suscitaient parfois des interrogations. La structuration de la Fédération de l’Education nationale en tendances pouvait générer des tentations dans lesquelles j’étais convaincu que le ministère n’avait pas à intervenir.

Les membres du cabinet étaient par définition des salariés. Ils étaient tous syndiqués, mais selon leurs affinités personnelles et leur appartenance professionnelle, ils l’étaient à la CGT, à la FEN, ou à la CFDT et quels que soient par ailleurs leurs titres et leurs compétences, la pratique n’a pas tardé à révéler quelques failles.

Il était donc de la plus haute importance que soit définie une politique aussi claire que possible du ministre et des membres de son cabinet pour maîtriser une telle situation.

Le moins que l’on puisse dire est que la présence d’un directeur de cabinet connaissant parfaitement le monde syndical et ses rapports avec le monde politique, ayant des relations de compréhension et de confiance avec tous les responsables des fédérations syndicales représentatives et capable de déceler à temps les bévues et les maladresses de conseillers techniques ou les manœuvres aux implications diverses de certains syndicats, était d’une grande utilité.

Dans ce contexte, une remarquable entente organisée entre le directeur du cabinet et le directeur général de l’administration et de la fonction publique, le Conseiller d’Etat Marcel Pinet en liaison avec le cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy et les conseillers de l’Elysée, notamment Ségolène Royal, étaient des atouts importants.

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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  • René BIDOUZE
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire,  auteur d'ouvrages.
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

Eléments biographiques

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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