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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 08:07

Pour illustrer les constantes de l’histoire de la fonction publique, il est opportun de rappeler encore une fois les propos tenus par certains membres de nos « élites », éminents devanciers d’un personnage aux dents longues qu’une véritable campagne des medias s’emploie à promouvoir.

Contrairement à ce que cette agitation politico - médiatique tente de nous faire croire, personne ne propose un véritable débat, ni ceux qui fustigent le statut et n’ont pas d’autre objectif que de consolider et d’aggraver les atteintes qu’il a subies en lui donnant un champ d’application aussi réduit que possible dans le cadre d’une large mise « en voie d’extinction », ni certains de ceux qui le soutiennent de façon sommaire et souvent maladroite après avoir entériné cette politique pendant les années de « cohabitations » et « d’alternances ».

L’histoire n’a pas commencé en septembre 2015…

                                                                       O

 

Roland Drago, membre de l’Institut, qui s’était déjà manifesté dans le passé écrivait dans un article de la revue Service public de juin 1994 que les qualités qui sont « encore » celles de la fonction publique française, en dépit de son « gigantisme » et de la « rigidité des règles qui la régissent », « tiennent plus à des traditions qui, paradoxalement, remontent à une époque où son statut était limité et peu contraignant qu’à des règles qui finiront par l’étouffer et à l’écarter des services les plus actifs. » Dans un colloque en décembre 1993, le même auteur déclarait : « il s’agirait de savoir pourquoi, pendant un siècle et demi, la fonction publique française a pu vivre sans statut. Ses qualités étaient-elles moindres à ces époques ? » Et d’évoquer « la rigidité d’un système où tout est réglementé et où les « droits acquis » interdisent toute réforme », ce qui était juridiquement inexact.

Thierry de Montbrial dans une introduction à un ouvrage publié en 2002 par l’Académie des sciences morales et politiques dont il était le président sous le titre La France du nouveau siècle, se référant à une contribution sur la fonction publique, déclarait qu’il s’agissait de « substituer un système différencié de régulation par objectif et par contrat » au statut « monolithique d’inspiration soviétique » publié en 1946, émettant ainsi une appréciation démentie par le contenu, les sources et les modalités de l’élaboration de ce statut, la situation politique et juridique des fonctionnaires soviétiques au service du Parti - Etat qui n’avait rien de commun avec celle des fonctionnaires français.

Maurice Druon, de l’Académie française, publiait dans Le Figaro du 22 septembre 2003, un article intitulé La CGT contre la France où il concluait ainsi ses charges contre les fonctionnaires : « Il faudrait en tout premier, et par ordonnance, changer le statut de la fonction publique que les communistes fabriquèrent en 1946, faire voter cette loi contre le droit de grève qui était promise et qui ne fut jamais mise en chantier, et rogner le pouvoir des commissions paritaires qui sont des soviets installés dans chaque ministère... » Chacune de ces appréciations recélait une inexactitude et une outrance révélant une ignorance des données historiques et juridiques de la fonction publique alliée à la prétention et à la mauvaise foi.

Jacques Marseille, professeur à la Sorbonne, directeur de l’Institut d’histoire économique et sociale, affirmait que la caractéristique du statut des fonctionnaires, dont il estimait qu’il est « fossilisé » est d’être « conforme aux principes alors défendus par la CGT ». Entre autres affirmations contraires aux réalités juridiques, il fustigeait « ce fameux statut général élaboré par Maurice Thorez et sanctionné par la loi du 19 octobre 1946. » pour affirmer que « cinquante années ont passé et ce statut, toujours en vigueur, continue de régir le fonctionnement de notre administration. »

Jean Choussat, ancien directeur du Budget se signalait à l’époque du gouvernement de Michel Rocard par une série d’attaques virulentes sur les pratiques du « dialogue social » qu’il assimilait à une « démission de l’autorité », sur le comportement jugé irresponsable des organisations syndicales, pendant qu’un autre expert proposait d’éviter d’attaquer de front les « bastilles » qui bloquent l’administration, parmi lesquelles « l’intangibilité du statut de la fonction publique » en voyant dans la politique dite du « renouveau des services publics » « un moyen de les contourner ».

Philippe Caïla, directeur du cabinet de Santini, éphémère secrétaire d’Etat à la fonction publique dans le gouvernement de François Fillon, participant à une Rencontre-débats en janvier 2009, a peut-être emporté la palme en affirmant que « le statut de 1946 sentait un peu le pétainisme

Ces dinosaures avaient eux-mêmes des ancêtres :

Théophile Berlier, Comte du Premier Empire, au cours d’un débat au Corps législatif : « La position spéciale des fonctionnaires publics peut et doit même en plusieurs circonstances, leur faire interdire ce qui est licite à d’autres »

De Lasies, député du Gers le 14 novembre 1906, après le vote par la majorité de la Chambre des députés hostile au droit de grève des fonctionnaires d’une augmentation substantielle de l’indemnité parlementaire : « Mon indignation n’a d’égale que ma satisfaction »

Michel Debré, Homme d’Etat des IVe et Ve Républiques , dans « La mort de l’Etat républicain »: « Le fonctionnaire est homme de silence. Il sert, il travaille, il se tait.

 

 

 

 

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Ecrit par René Bidouze René BIDOUZE
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  • René BIDOUZE
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire,  auteur d'ouvrages.
  • En un demi-siècle, j’ai fait le « tour de la table » de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur du cabinet du ministre, conseiller d’Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

Eléments biographiques

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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