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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 08:50

L’historien et anthropologue Emmanuel Todd qui avait publié avec le géographe Hervé Le Bras « Le Mystère français » vient de publier un nouvel ouvrage « Qui est Charlie ? ». Celui-ci a aussitôt suscité l’hostilité affichée de Manuel Valls, des dirigeants socialistes, et d’une bonne partie des « élites ». Cette publicité intempestive a probablement contribué au succès de librairie de cet ouvrage.

Quand on s’intéresse à l’histoire sociale, et spécialement à celle de la fonction publique et du syndicalisme des fonctionnaires, on ne peut manquer, même si ce sujet n’est pas celui du livre, de s’interroger sur la place occupée par les fonctionnaires dans ses analyses et ses conclusions.

L’auteur place au cœur de sa démarche le concept du bloc historique défini par les lettres MAZ (classes moyennes, personnes âgées, catholiques zombies) dont il estime qu’il domine idéologiquement et politiquement la société française et s’est massivement exprimé dans les manifestions du 11 janvier 2015 sur le thème « Je suis Charlie ». Il rappelle que « Le Mystère français » avait baptisé « catholicisme zombie » la force anthropologique et sociale née de la désagrégation finale de l’Eglise dans ses bastions traditionnels et de sa réincarnation présentée comme le phénomène central des cinquante années 1965-2015.

Selon son analyse s’appuyant sur des statistiques et des cartes, les classes moyennes supérieures ont entraîné les couches intermédiaires de la société française dans les manifestations alors que les classes populaires et les jeunes des banlieues n’y ont pas participé, ce que personne ne conteste. En sa qualité d’historien, ll se réfère au référendum sur le traité de Maastricht, qui avait déjà marqué en 1992 la prédominance des catégories supérieures entraînant les catégories intermédiaires et les personnes âgées dans le vote OUI, les classes populaires et les ouvriers votant NON. Il évoque le « vote de classe » sur le projet européen de 2005 suivi du soulèvement des banlieues, cette année 2005 lui apparaissant comme « une occasion manquée de la lutte des classes ».

Il estime que la propagande de Maastricht était « libérale, égalitaire, universaliste » et que la réalité de 2015 a contredit totalement ses promesses. Il pense que « pour les ouvriers, les employés et les jeunes ce quart de siècle a été perdu », et qu’on peut parler de « vingt ans d’échec ».

L’auteur situe certainement les fonctionnaires de l’Etat et des collectivités locales et hospitalières actifs et retraités dans ce blog historique MAZ dont on peut mesurer les dimensions en considérant les catégories de l’INSEE selon lesquelles les classes supérieures (où l’on peut inclure une part de la haute fonction publique) représentent 1% de la population active, les classes moyennes constituant une masse de 42% contre 57% pour les classes populaires.

L’analyse des différents chapitres de cet ouvrage traitant notamment « Les difficultés de la France laïque et égalitaire » « Les Français d’extrême droite », « Les Français musulmans »… n’est pas de la compétence d’un modeste blog centré sur l’histoire de la fonction publique et du syndicalisme des fonctionnaires.

En revanche, alors que les diatribes du Premier ministre et les commentaires de certains journalistes et personnalités politiques auraient tendance à nous entraîner sur le terrain de polémiques politiciennes en mettant en exergue quelques formules et appréciations pouvant être jugées excessives ou contestables, de tels travaux sont de nature à nourrir la réflexion de ceux qui souhaitent promouvoir au service d’un autre avenir pour notre pays, une connaissance approfondie de sa longue histoire politique et sociale.

Dans sa conclusion, l’historien rappelle ce que fut « la France républicaine du passé », ce qu’est devenue « la France néo-républicaine du présent » et « les choix qui s’offrent à nous ».

C’est un sujet de réflexion et de débat qui offre de réelles perspectives.

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Eléments biographiques

   En un demi siècle, j'ai fait "le tour de la table" de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur de cabinet du ministre, conseiller d'Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

 

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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