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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 14:40

Dans mon ouvrage « Fonction publique les points sur les i » VO Editions 1995, je notais (page 43) : « Lionel Jospin a estimé, à propos de la présence de ministres communistes, que les réformes mises en œuvre par le gouvernement après 1981 auraient été faites « sans eux », tout en se félicitant qu’elles aient été faites « avec eux » (propos rapporté par Jean-Michel Cadiot dans « Mitterrand et les communistes », Ramsay 1994).

Et j’ajoutais ceci : « Pour tenter de donner une réponse globale à cette question, il faudrait se livrer à une étude approfondie qui se situerait en dehors de nos limites. Plus modestement, dans le cas du ministère de la Fonction publique, mon expérience me permet d’émettre plus que des doutes sur cette hypothèse de Lionel Jospin »…

Ce texte ne s’appliquait pas à l’ensemble de la politique gouvernementale. Il restait en dehors des analyses portant sur les problèmes politiques relatifs aux relations entre le pouvoir et les partis représentés au gouvernement et n’évoquait pas l’action des trois autres ministres communistes. Il n’était qu’une réflexion personnelle ayant valeur de témoignage d’un directeur de cabinet s’exprimant en toute indépendance et en dehors de toute préoccupation partisane.

Il se poursuivait ainsi :

« Il suffit de rappeler ce que je dis par ailleurs sur les conditions dans lesquelles les projets du ministère se sont constamment heurtés à une certaine résistance du cabinet du Premier ministre et de la direction du Budget, sur les positions initiales du ministère de l’Intérieur quant au sort statutaire des personnels des collectivités territoriales, sur la politique à mener à l’égard des personnels non titulaires…

Encore ne s’agit-il que des réformes engagées au début du quinquennat de François Mitterrand. Le « tournant » de la rigueur et les nouvelles techniques salariales en 1982-1983, la politique de réduction aveugle des effectifs des fonctionnaires des années suivantes, la nouvelle stratégie inaugurée par Michel Rocard en 1989, les « délocalisations » autoritaires d’Edith Cresson, tout cela est l’œuvre des socialistes au pouvoir, et fait partie de ce que leurs électeurs leur ont reproché en 1993.

L’analyse des conditions dans lesquelles Maurice Thorez a présidé à l’élaboration du statut en 1946 et des positions des protagonistes administratifs et politiques de l’époque permet également de penser – bien qu’il soit toujours quelque peu hasardeux de vouloir refaire l’histoire- que si le ministre de la fonction publique avait été, dans le gouvernement tripartite des années de la Libération, un socialiste, le statut serait assez différent 1.

Il faudra rechercher dans l’œuvre de 1981-1984 ce qui mérite d’être retenu comme caractérisant une orientation nouvelle, une rupture avec des pratiques de la période précédente, un retour aux sources de la tradition républicaine, d’évaluer ce qu’en ont fait les gouvernements suivants, socialistes ou de droite, et d’analyser les projets en cours en vue d’avancer des idées pour l’avenir. »

Ce commentaire, écrit en 1995, était un chapitre d’un ouvrage qui a reçu par la suite de nombreux compléments portant notamment sur le contenu des réformes, sur les relations du ministère avec les syndicats, illustrant le fait qu’il n’avait pas besoin d’être chaperonné par un parti politique (pas plus le PCF que les autres) dans le choix et l’élaboration de ces réformes (ce qui relativise un peu plus la portée de l’appréciation mentionnée au début de cet article, à moins de fermer les yeux sur les tenants et aboutissants d’une politique novatrice que je me suis donné pour tache d’exposer dans ce blog) 2.

L’étude de la période 1981-1984 n’est pas épuisée. Mais on dispose aujourd’hui d’un certain recul, et d’une bonne connaissance de la politique des trois décennies suivantes, et on subit assez les effets de celle du quinquennat en cours pour alimenter une réflexion beaucoup plus étendue 3.

1- Naturellement, ces réflexions » portent comme toujours dans mes recherches et dans ce blog, sur la politique générale de la fonction publique, et ne s’appliquent donc pas à la gestion par chaque ministre des administrations et services dont il a la charge et des interventions des fédérations et syndicats nationaux correspondants.

2- Qui se souviendrait de l’intervention négative du porte-parole du groupe socialiste lors du débat terminal sur le texte du statut des fonctionnaires en 1946 - ce qui n’a pas empêché son adoption à l’unanimité - et des regrets exprimés par le ministre de la fonction publique dans une brochure de présentation et de commentaire si je n’avais rappelé ces éléments dans mes écrits ?

3-Jacques Julliard, Les gauches françaises (1762-2012) Histoire et politique, tome 1, Champs histoire, 2012

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Eléments biographiques

   En un demi siècle, j'ai fait "le tour de la table" de la politique de la fonction publique comme syndicaliste, directeur de cabinet du ministre, conseiller d'Etat en service extraordinaire, auteur d'ouvrages.

 

  Né le 2 décembre 1922 à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques)

 

-Fonctionnaire

 Receveur divisionnaire des Impôts honoraire

 

-Dirigeant national du mouvement syndical des fonctionnaires (1958-1978)

  Secrétaire du Syndicat national des Contributions indirectes 1958-1963

  Secrétaire général de la Fédération des finances CGT 1963-1970

  Secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) et

  Membre du conseil supérieur de la fonction publique 1970-1978

  Membre de la commission exécutive de la CGT 1969-1975.

 

  Membre du conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

 

-Directeur du cabinet du ministre de la fonction publique et des réformes administratives  (juin 1981-novembre 1983).

 

-Conseiller d’Etat en service extraordinaire (novembre 1983-novembre 1987).

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